Politiques migratoires espagnoles et françaises
Première période d’émigration massive.
Entre 1888 et 1930 plus de quatre millions d’espagnols émigrèrent (Fernandez Vicente, 2004).Les motivations des migrants étaient économiques mais aussi politiques : on migrait pour fuir le service militaire, la guerre du Maroc, ou la répression anti-anarchiste. Ce flux d’espagnols vers la France va augmenter après la première guerre mondiale. Du côté Français, à cette époque et surtout au lendemain de la Première Guerre mondiale, les migrations économiques sont mises très tôt en connexion avec la question des réfugiés et la politique du droit de l’asile : de manière individuelle et privée par le patronat, de manière gouvernementale et inter-gouvernementale par le Bureau International du Travail et la pression des associations de contrôle des condition migratoires. Le rôle prééminent de la France dans les années vingt dans l’adoption de ces mesures statutaires pour les réfugiés s’explique par le souci de favoriser un flux migratoire nécessaire à la reconstruction. (Kévonian, 2005). D’un point de vue politique, cette migration était assez mal vue en Espagne car on considérait qu’elle affaiblissait la force de la nation espagnole mesurée à l’aune du nombre de ses sujets. La perception du migrant passa petit à petit de l’image du pauvre ou du démuni (c’est ainsi que la loi d’émigration de 1907 le définit) à celle du travailleur (loi d’émigration de 1924). Pendant cette période les compétences sur l’émigration passent du ministère de l’intérieur au ministère du développement puis au ministère du travail. Une vision protectrice et paternaliste apparaît petit à petit : l’Etat doit s’occuper de protéger les ouvriers qui s’expatrient. Malgré cette double perception négative (affaiblissement de la nation, danger pour les ceux qui s’expatrient) la politique était une politique de « laissez faire ». Les individus avaient un même projet migratoire économique avec pour objectif le retour en Espagne plutôt que l’installation permanente, sitôt que les revenus auraient permit de s’acheter une maison en Espagne (Fernandez Vicente, 2004). En 1931, le mouvement migratoire va changer pour deux raisons : la prise de pouvoir par les Républicains en Espagne qui vont s’engager dans une gestion des flux migratoires et la crise économique mondiale qui va inciter la France à réduire sa demande en immigration. L’Espagne veut réorienter ses flux vers l’Amérique du Sud, faire revenir les espagnols émigrés en Europe en détresse économique. La France et l’Espagne signent un traité en 1932 qui prévoit un système de demande de travailleurs de la part de la France. C’est le ministère des affaires étrangères espagnol qui prend la charge de la question migratoire (Fernandez Vicente, 2004). Cette nouvelle configuration ne sera pas en place très longtemps en raison de l’instabilité politique en Espagne qui va déboucher sur la guerre civile et la deuxième vague migratoire. La retirada (Berthemet & Seguela) content les effets de la guerre civile : « En 1939, poussés par les combats qui font rage, des milliers de civils et de militaires fuient vers la frontière pour trouver refuge en France. Dans ce contexte, le gouvernement Daladier propose tout d’abord de n’accueillir que quelques milliers d’enfants et de blessés. Il tente en vain de négocier avec Franco l’établissement d’une zone neutre sécurisée pour accueillir l’immense flot de réfugiés qui convergent vers le littoral méditerranéen et les Pyrénées. Au total, près de 500 000 personnes sont en marche vers la France, dont près de la moitié sont des soldats de l’armée républicaine, dont on redoute l’entrée en force… C’est pourquoi une véritable armée défensive de 35 000 hommes -gendarmes, gardes mobiles, soldats, cavalerie, infanterie, troupes coloniales- se met en place pour interdire le passage des cols pyrénéens, entre Cerbère et Bourg-Madame. Face à une telle misère humaine, sous la pression de la gauche française et au nom du droit d’asile, le 28 janvier 1939 la frontière des Pyrénées orientales est ouverte aux civils. Des files ininterrompues de populations misérables et épuisées, de camions, de charrettes, de véritables marées humaines hébétées, se forment alors au Perthus, à Cerbère, au col d’Arès ou à Bourg-Madame, dans le froid et la neige de l’hiver 1939. Le 5 février 1939, les autorités françaises décident de laisser entrer ce qui reste de l’armée républicaine. Les premiers camps sont ouverts sur le littoral méditerranéen, notamment à Argelès et à Saint Cyprien. D’autres suivront. Ce sont de véritables camps de concentrations, cernés de barbelés et gardés par des troupes coloniales – spahis, tirailleurs sénégalais- et par des gardes mobiles. Des familles sont séparées, parquées dans des conditions indignes, sans hygiène, sans eau, sans abri en dur… Le 9 février 1939, après le passage d’environ 470 000 personnes, les frontières sont fermées. A l’approche de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement français trouve alors dans cet immense flot de réfugiés une main-d’œuvre facile à exploiter : il crée pour cela les CTE (Compagnies de Travailleurs Etrangers), les affectant à des tâches agricoles ou industrielles, à un moment où la main d’œuvre française est mobilisée4 Sous Vichy, certains seront intégrés de force aux GTE (Groupement de Travailleurs Etrangers), participant par exemple à la construction du « Mur de l’Atlantique ». Ces GTE s’affirmeront de plus en plus comme « viviers de la Résistance » Certains réfugiés seront rapatriés ou dirigés vers d’autres pays. Au début de 1940 restaient 180.000 réfugiés en France et en 1945 on compte 100.000 réfugiés espagnols en France pour 200.000 qui avaient émigré pour des raisons économiques (Mira Abad & Moreno Seco, 2010) sur un nombre total d’étrangers de 1 670 729. « Le 15 mars 1945 ils obtiennent enfin officiellement le statut de réfugiés (conformément à l’accord sur les réfugiés de 1933). La France est soudainement moins réticente, les conditions du marché du travail de 1945, avec la perspective de la reconstruction sont nettement plus favorables qu’en 1939. Les besoins en main d’œuvre sont évidents. Le nouveau code de nationalité français du 19 octobre 1945 stipule que la clause des cinq années de résidence nécessaires pour solliciter la naturalisation s’applique pleinement aux réfugiés espagnols. Les naturalisations sont particulièrement nombreuses entre 1945 et 1950. Les
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Table des matières Introduction : parcours de recherche Cheminement vers un terrain et une problématique L’ambition d’une première question Campagne de 2010 : les déroutes de Vauvert et Saint-Gilles Choix d’un terrain et évolution de la question Problématique générale, objet de recherche et méthodologie Partie 1. Socio-histoire de la relation transnationale et premier panorama des catégories Melgoriennes Chapitre 1 Politiques migratoires espagnoles et françaises Première période d’émigration massive. La retirada La migration économique sous Franco L’exilé républicain et le migrant économique Mauguio à la lumière de cette histoire Chapitre 2 Liens transnationaux à propos des célébrations de Mauguio Lorca et ses fêtes Romerias de Lorca, romeria del rocio Chapitre 3 Altérités melgoriennes Les rouges et les blancs. Sarrasins, maures et maghrébins Les gitans Les ruraux et les urbains. Le Languedocien et le Provençal Partie 2 Les fêtes de Mauguio : un lieu et un moment de rencontre et d’affirmation d’identité Chapitre 1 La fête votive et le taureau camarguais Description de la fête votive Evolution de la fête votive Histoire de la course camarguaise Chapitre 2 La Romeria del encuentro Description de la fête espagnole Impressions personnelles issues de mon observation de la Romeria 2011 Les entrepreneurs Visions sur la romeria et son évolution Proposition d’une histoire de la fête Partie 3 La création d’une fête : s’inventer et s’identifier Chapitre 1 Respect espagnol et liberté camarguaise Le contrôle dans la romeria del encuentro Liberté en Camargue Le Biou et le toro bravo, le raseteur et le torero Ordre et désordre dans la fête et le jeu Chapitre 2 Analyse des discours : le jeu sur l’identité et l’altérité Le discours de la tradition : invention et bricolage Le discours sur l’argent : développement économique et mercantilisme Le discours de l’intégration Qui est « l’autre » ? Conclusion References ANNEXES Annexe 1 : Tableau synthétique de l’analyse des articles du Midi Libre sur La Romeria del Encuentro Annexe 2 Liste des personnes rencontrées
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