La forêt d’Ankafobe : une forêt galerie ?
Le district d’Ankazobe ne présente que des grandes étendues de savane herbeuse avec une fragmentation en petit lambeau des forêts comme celle d’Ambohitantely et d’Ankafobe. Plusieurs théories expliquent la nature de la forêt dans la zone d’Ankazobe. BATISTINI R. 1996 affirme qu’autrefois la zone était totalement couverte de forêt dense expliquée par la présence de sol rouge ferralitique. Ce dernier ne se forme que sous forêt dense. D’après lui, la destruction de la forêt des Hautes Terres a commencé dès le XIe siècle (période Fiekena). À cause des premières communautés agricoles qui s’installaient près des marais sur les Hautes Terres. Elles cultivaient du riz et du taro par la pratique de l’agriculture sur brûlis. Ces communautés avaient trouvées une ile encore dominée par des végétations quasi continuent même sur les Hautes Terres. Quelques siècles plus tard, seuls quelques lambeaux forestiers rélictuels demeurent sur le rebord du Tampoketsa d’Ankazobe. Dont la forêt d’Ankafobe et la forêt d’Ankarafantsika dans l’Ouest sédimentaire font partie. Dans le paysage, cela a eu comme conséquence la domination des prairies et des steppes à Aristida sur les Hautes Terres et à Hyparheniarufa et Heteropogon dans l’Ouest qui s’étendent maintenant à perte de vue. RAJEMISON A.2011 qui a récemment évoqué la nature exacte de la forêt d’Ankafobe dans le résultat de sa recherche intitulé « Typologie de la végétation rémanente en vue d’une restauration écologique. Cas du site d’Ankafobe – Tampoketsa d’Ankazobe – Hautes terres centrales de Madagascar ». Elle est composée de 4 types de formations végétales, qui sont en fonction de la nature du relief. (Annexe 2)
Sur le versant les forêts dégradées et peu dégradées. Elles ont été exposées aux feux de brousse avant la mise en place des pare-feux en 2004.
Le bas des versants et les bas-fonds sont occupés par des forêts ripicoles qui se trouvent à proximité des cours d’eau. Elles sont peu ou pas dégradées. (Cf. photo 6)
Dans les bas-fonds, la forêt d’Ankafobe est composée de formations marécageuses parsemées de Pandanus pulcher (Photo 7). Les graines sont consommées par les lémuriens.
C’est aussi une forêt qui se développe mal sur les versants sans résurgence de sources d’eau. Dans ces conditions, il semblerait impossible qu’elles aient pu recouvrir totalement les Hautes Terres centrales de Madagascar au XIème siècle comme l’affirme BATISTINI R. en 1992. Ses forêts ne peuvent se développer que dans les bas-fonds et quelquefois sur les versants si elles sont à l’abri des perturbations comme les feux de brousse. Enfin, il semble évident qu’avec ses caractéristiques liées étroitement au système hydrographique et la présence des plantes ripicoles et marécageuses, la forêt d’Ankafobe est comparable aux forêts galeries (J. L. DEVINEAU, 1975). Les forêts galeries se développent soit dans les bas-fonds, soit dans les bas-fonds et les versants à la fois, mais jamais sur les sommets qui sont difficilement accessibles en eau. (Figure 8)
Le statut de la forêt
Actuellement le statut de la forêt d’Ankafobe est de l’ordre d’aire protégée depuis décembre 2017. Les motifs de ce récent changement sont dus au contexte foncier instable actuellement à Madagascar. En effet, pour protéger le statut foncier de la forêt qui est un terrain domanial donc peut être acheté ou demandé par les particuliers. L’ONG MBG avec l’aide du VOI Sohisika et du ministère de l’Environnement, l’écologie et de la forêt ont décidé récemment d’engager les procédures de changement du statut de réserve à une aire protégée. Pour ce faire, il a d’abord fallu dissoudre le VOI local pour le transformer en association villageoise qui va être le gestionnaire de l’aire protégée. Ensuite, un plan de zonage va être mis en place pour délimiter les zones à conserver (noyau dur). Enfin, les directions de l’aire protégée vont être remises sous la juridiction du ministère de l’Environnement. Ce dernier va délivrer toutes les autorisations à propos de la forêt pour faire des recherches par exemple. Dans ce sens pour la réalisation de ce travail de recherche, une autorisation délivrée par le ministère de l’Environnement a été nécessaire (Annexe 4).
Cause des feux de brousse
– Des conditions physiques favorables à l’extension des feux de brousse : Les conditions climatiques à longue saison sèche sont favorables à l’extension des feux de brousse. En effet d’après les enquêtes menées la période des feux de brousse est entre le mois de mai à octobre qui correspond à la longue saison sèche de 6 mois environ. En plus de la durée de la saison sèche, les vents violents soufflants dans la zone sont aussi un facteur important de la répartition rapide et incontrôlée des feux de brousse. La platitude généralisée de la surface de Tampoketsa favorise un vent fort amplifié par l’absence d’obstacle orographique. En effet, ces facteurs (relief uniforme et plat, le vent fort) s’additionnent en rendant la lutte contre les feux impossible sinon difficile. Une végétation de savane très inflammable durant la saison sèche. La végétation des tanety est constituée essentiellement de savanes herbeuses. Plusieurs espèces de graminées dominent ces formations qui sont Andropogon sp., Loudetia stipoïdes, Heteropogon contortus (Danga) Aristida multicaulis (Kifafa) sur les pentes très dégradées. Sur les zones plus riches il y a les Hyparrhenia rufa (Vero). (MADAGASCO CORP. Sarl, 2005). Ces végétations de graminée sont très sèches et très inflammables en saison sèche, favorisent la propagation des feux durant cette période. (Tableau 8)
– La pratique agropastorale : facteur déclencheurs des feux de brousse : L’insécurité qui rège dans la zone favorise la pratique des feux de brousse. En effet, la partie occidentale de Madagascar où se trouve la zone de recherche fait partie des zones rouges en termes d’insécurité, surtout les vols de zébus. La mise à feu des zones où les « Dahalo »2 ont perpétré fait partie de leur stratégie pour effacer leur trace. La pratique de l’’élevage de type extensif constitue également un facteur qui déclenche les feux de brousse dans la zone. Les éleveurs de zébu brulent les savanes pendant la saison sècheafin d’avoir des repousses vertes pour nourrir leurs bétails durant cette période. Mais cette pratique n’est pas maîtrisée par les éleveurs car le parcours des bétails n’est pas délimité en plus les zones collinaires sont impropres aux pratiques agricoles à cause de la mauvaise qualité du sol et de l’insuffisance des conditions hydriques. La présence de la route nationale 4 en destination de Mahajanga très fréquentée en saison sèche (période de vacance), multiplie les risques d’incendie par imprudence et l’habitude des chauffeurs et des voyageurs fumeurs qui jettent leurs mégots de cigarette à travers les vitres. Lors des pannes mécaniques des véhicules durant la nuit, les chauffeurs allument des feux pour s’éclairer ce qui parfois occasionnent la propagation du feu. (Tableau 8)
Les besoins en bois d’énergie
Pour les consommations de bois d’énergie : 67% des paysans enquêtés l’utilisent, la plupart achètent du charbon et ramasse des bois morts près de leurs champs de culture. Presque tous les habitants du village ont abandonné l’idée de planter des jeunes pousses d’eucalyptus pour la consommation en bois d’énergies à cause de la destruction de ces plants par les feux de brousse qui se produit dans la zone chaque année. Les charbons proviennent essentiellement du village de Firarazana et aux autres villages au voisinage de la ville d’Ankazobe. Ils sont vendus soit sur place soit à Ankazobe. Cette figure démontre la place importante qu’occupe l’utilisation des bois de chauffe sur le besoin quotidien de la population locale. Même si la plupart des gens utilisent des charbons d’eucalyptus en provenance de Firarazana (qui se trouve à 10 km de la forêt d’Ankafobe) et d’Ankazobe (environ 33 km de la forêt d’Ankafobe). Certains paysans utilisent quand même des bois de chauffe pour équilibrer les dépenses étant donné que le prix d’un sac de charbon est cher pendant la saison des pluies. En moyenne une famille consomme une portée de bois de chauffe tous les 2 jours si elle n’utilise pas de charbon par contre une portée chaque semaine si elle en utilise (Cf. photo 14). Actuellement la consommation de bois d’énergie ne présente pas encore une menace pour la forêt d’Ankafobe, parce que, la population n’est pas encore nombreuse et donc les demandes sont encore faibles.
L’évolution spatio-temporelle de la forêt
L’évolution spatio-temporelle de la forêt permet de visualiser l’impact des actions de conservations sur l’espace forestier d’Ankafobe. Dans la figure N°15, on peut distinguer la diminution au fil des années 1984, 2003, 2013 et 2016 via des images satellites de Quick Bird dans le logiciel Google Earth (Cf. annexe 4). Ces dates n’ont pas été choisies par hasard, mais ont toutes des significations précises. D’abord, l’image satellite de 1984 a été choisie parce que c’est la plus ancienne image qu’on ait pu retrouver de notre zone d’étude sur le logiciel Google Earth. Cette image représente le taux de couverture forestière de la zone d’Ankafobe qui a été 81 ha et de couleur marron sur la figure. Ensuite, en jaune sur la figure, où l’on observe l’état de la couverture forestière en 2003. Cette date a été choisie pour voir l’état de la forêt avant qu’elle ne soit protégée en 2004. Cela permet de distinguer les impacts de la conservation de la forêt dans le temps et dans l’espace. La couverture de la forêt était environ de 65 ha. Après, l’image de 2013 en rouge sur la figure représente la couverture forestière avant qu’elle ne soit brulée en 2014. Cette image sera utile pour voir l’efficacité des actions de conservation sans grande perturbation comme le feu de brousse de 2003 à 2013. Sa couverture forestière est aux environs de 37 ha. Enfin, la couche verte représente la couverture de la forêt en 2016 qui est l’image la plus récente de la forêt d’Ankafobe présente dans la base de données. Elle sera utile pour comparer et évaluer l’efficacité des actions de protections au vu des menaces qui pèsent sur la forêt. En 2016, la couverture forestière totale de la forêt d’Ankafobe est de 32 ha.
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Table des matières
INTRODUCTION
PARTIE I : PRÉSENTATION DE LA ZONE ET DÉMARCHE DE RECHERCHE
CHAPITRE I : PRESENTATION DE LA ZONE DE RECHERCHE
CHAPITRE II : DEMARCHE DE RECHERCHE
PARTIE II : LA FORET D’ANKAFOBE : UN PATRIMOINE BIOLOGIQUE MENACE
CHAPITRE III : LA FORET D’ANKAFOBE, UN VESTIGE FORESTIER TRES RICHE BIOLOGIQUEMENT
CHAPITRE IV : LES MENACES QUI PESENT SUR LA FORET D’ANKAFOBE
PARTIE III : LES ACTIONS DE CONSERVATION ET DE PROTECTION ET LEURS IMPACTS SUR LA FORÊT D’ANKAFOBE
CHAPITRE V : LES ACTIONS DE CONSERVATIONS MENEES PAR LE MBG DANS LA NOUVELLE AIRE PROTEGEE D’ANKAFOBE
CHAPITRE VI : LES RESULTATS DES ACTIONS DE CONSERVATION DE LA FORET
CONCLUSION GENERALE
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