Les connaissances sur l’utérus durant la Grèce antique

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La femme dans la Grèce antique

Après cette incursion en des temps très anciens, il convient de revenir à une approche plus médicale du sujet. Quoi de plus évident dans ce cas que de nous référer à la civilisation dont nous avons hérité tant de choses dans le domaine de l’art, de la philosophie et, dans notre cas, de la médecine.
Le peuple grec est connu et reconnu comme étant à l’origine de très grands progrès, même si beaucoup de leurs avancées trouvent finalement leurs origines en Égypte. Les écrits retrouvés, datant de leur époque, sont la raison pour laquelle ils nous apparaissent comme une société si impressionnante de modernité́et d’évolution. Cependant, les progrès techniques sont-ils aussi criants que les progrès sociaux ? Quelle était la place de la femme dans la Grèce antique ?
Dans la société homérique [7], deux types de femmes nous sont présentés : d’un côté, les reines, les princesses ou les épouses de héros et de l’autre, les servantes. « La pratique la plus répandue s’inscrit dans le système d’échanges que les anthropologues définissent comme celui du don-contre-don. C’est-à-dire que si l’époux “ achète ” son épouse au père de celle-ci, cet “ achat ” ne peut se réduire à une transaction du type “ une femme contre tant de têtes de bétail ”. » explique Claude Mossé dans La femme dans la Grèce antique. [8]. L’hedna, est le terme représentant cet échange : le futur beau-père et le futur gendre passent accord sur plusieurs types de biens pour finaliser un contrat de mariage. Dans certains cas, la promise est donnée sans hedna, car la gloire du potentiel conjoint est plus importante que tout type de dots pour la belle famille : l’exemple le plus connu est celui d’Agamemnon offrant à Achille sa fille Clytemnestre [7]. « La femme devient alors l’épouse légitime, alochos, la compagne de lit de laquelle on attend qu’elle procrée des enfants. » [8]
Dans l’Economique de Xenophon [9], Socrate apparaît, et au décours, d’un très long dialogue, nous comprenons l’évolution de la femme dans la société grecque. Le but n’est plus de rapprocher des familles pour en accroître les richesses et la gloire mais de créer des couples pour procréer et avoir des héritiers auxquels la transmission des biens sera possible. La femme est donc là pour avoir des enfants, mais aussi pour entretenir la maison et réaliser toutes les tâches domestiques.
La femme ainsi décrite précédemment est celle faisant partie de l’aristocratie grecque, si nous pouvons le dire ainsi, car pour être une femme avec quelques droits, il fallait être citoyenne et pour cela être mariée à un citoyen. Les autres femmes étaient pour la plupart des servantes et donc des esclaves qui ne disposaient même pas de leurs corps pour la majorité. Les plus chanceuses travaillaient dans des maisons et s’occupaient du ménage ou des travaux culinaires.

Les connaissances sur l’utérus durant la Grèce antique

La figure de proue de la médecine antique se situe en la personne d’Hippocrate. Il est et incarne encore de nos jours les origines de la médecine. En prêtant son serment, chaque jour des internes deviennent docteurs en médecine. Son œuvre, le Corpus hippocratique est un ensemble d’une soixantaine de recueils résumant toutes les connaissances médicales accumulées à son époque. De nombreuses recherches ont montré qu’un seul homme n’est certainement pas à l’origine de tous ces écrits mais que ses disciples en sont très certainement les véritables auteurs.
Plusieurs de ses ouvrages concernent les femmes et sont rédigés sous forme de traités : Le traité de la nature de la femme, Le traité des maladies des femmes ou encore Le traité des femmes stériles. Les connaissances sur le sujet paraissent nombreuses et séduisantes. Cependant, nous y lisons de très nombreuses erreurs liées aux croyances entremêlées à tout type de sciences, et au manque d’instruments d’observation scientifique. La médecine hippocratique que nous rapprochons de l’école de Cos, apparaît comme une médecine des fluides plutôt que des organes. Les traités touchant à la gynécologie parlent donc d’une matrice ou utérus, comme d’un organe mythique en forme de vase renversé auquel ils prêtent de nombreuses caractéristiques. Tout d’abord, la femme n’en est pas le maître et cette matrice elle-même n’arrive pas à se contrôler puisqu’elle s’ouvrirait selon les moments de la vie génitale de la jeune femme. De plus, elle peut circuler à l’intérieur du corps de la femme de haut en bas et cherche toujours à se rapprocher d’une source d’humidité.
Le rôle de la femme dans la procréation est considéré comme passif, elle se fait le réceptacle de la semence masculine mais n’en produit pas elle-même. L’utérus est donc juste le contenant du développement fœtal sans lien avec une quelconque participation féminine si ce n’est celui d’incubateur. La grossesse apporte donc à la femme sa plus importante finalité : la perpétuation de l’espèce. La stérilité, dans cette optique, est donc la pire malédiction pour une femme.
Cependant, nous retrouvons de nombreuses réflexions tentant de se baser sur des données purement scientifiques comme la dissection ou l’anatomie. Des personnalités de l’époque comme Soranos d’Ephèse, auteur du Gyneciae [10], ouvrage de référence sur la gynécologie jusqu’à la Renaissance, n’hésite pas à étudier in vivo les organes de la femme grâce notamment au spéculum. D’autres, comme Galien de Pergame, dans le De uteri dissectione [11], tentent en utilisant la dissection comparative de transposer le monde animal à la femme. La lapine est d’ailleurs un de ses modèles d’observation de référence et de ce fait de nombreuses erreurs ont persisté pendant des siècles sur la représentation de l’utérus. Notons que le rôle des ovaires est complètement méconnu.
Des hypothèses concernant le cycle des menstruations émergent également du côté d’Hippocrate, qui décrit la période qui précède les règles comme peu propice à la procréation, au contraire de celle qui la suit. Toutes ces connaissances aussi empiriques soient-elles vont conduire à la mise au point de nombreuses méthodes de contraception : nous retrouvons de cette époque des procédés aussi bien mécaniques que soi-disant chimiques ou complètement décoratifs. Voici donc une liste de quelques-uns de ces différents moyens : le caecum de bouc (faisant usage de premier préservatif ou de diaphragme), les pessaires, qui ici sont des recettes à appliquer en quantité plus ou moins modérée avant les rapports, ils peuvent être à base d’écorce de pin et de sumac, de peaux de grenades fraiches, ou de gingembre… Les amulettes de protection tiennent également une part importante dans les moyens de contraception recommandés.
Dans ce contexte de réduction de la fertilité, l’avortement fait également partie des sujets dont il a forcément été question à un moment ou à un autre à cette époque. Pour éclairer, le sujet, il faut s’en référer au serment d’Hippocrate dans lequel le paragraphe qui ordonne de ne pas nuire s’applique à la question de l’avortement. Elle est donc d’apparence proscrite mais des recettes de traitements abortifs ou des méthodes comme le saut talons-fesses sont tout de même arrivées jusqu’à nous.

Rome antique

La femme dans la Rome antique

La société romaine est un archétype de société virile, les femmes y sont dépendantes des hommes et sont exclues de toutes activités significatives comme la politique, la justice ou la religion.
Elles naissent dans une atmosphère où elles sont peu désirées, un garçon étant beaucoup plus apprécié à la naissance. Le père est le premier propriétaire de la jeune fille, il a donc tout pouvoir sur elle, même celui de l’abandonner sur la place publique s’il ne souhaite pas la garder au même titre qu’un enfant malformé ou souffrant de handicap. Très rapidement, tout comme dans la société́grecque, leur dessein est le mariage. Le pouvoir qu’avait le père sur sa fille est donc confié à son mari, voire à son beau-père. Le pouvoir de l’homme sur la femme est tel qu’il a le droit de vie ou de mort sur cette dernière. Lors de l’étape si importante du mariage, les jeunes filles sont données en fiançailles alors qu’elles ne sont encore que des fillettes ayant entre onze et treize ans, à des hommes plus âgés qui ont au moins une vingtaine d’années. A partir de là, leur destin est scellé. La procréation, dès la nuit de noces, devient la priorité pour que la femme puisse devenir Matrona, terme désignant le statut de mère de famille. L’étape suivante est d’acquérir le statut de Domina, c’est-à-dire de maîtresse de maison. Leurs compétences dans ce dernier domaine permettent de définir d’ailleurs la valeur d’une femme.
La grossesse n’intéresse nullement les romains. Pour le futur père, seul le sexe de l’enfant à la naissance est important tandis que pour la mère, cette période est plus assimilée à un sentiment de fierté que d’affection. La vie des enfants est fragile, tout comme celle des mères pendant l’enfantement. Cependant, bien qu’elles n’aient pas de rôle religieux important, les femmes ont de nombreuses déesses à prier. Les figures divines sont pour moitié féminines et allouées, pour la plupart, à des moments clés de la vie de la femme romaine.
Nous retrouvons ainsi le culte de la nymphe Carmenta, déesse des oracles et des accouchements par exemple. [12]
Cette description représente grossièrement les traits de la société archaïque romaine envers la femme. Comme nous le savons tous, Rome a fait naître l’Empire romain, regroupement de plusieurs nations de tout le pourtour méditerranéen. De ce fait, cette capitale du monde a été le théâtre des prémices d’un réel phénomène de mondialisation avec des impacts socio-économiques mais aussi culturels. La seconde partie de l’ère romaine a donc vu émerger un début d’émancipation féminine, à l’échelle des attentes du XXIe siècle. Cela représentait un gigantesque progrès à cette époque. Le mariage est devenu une association géopolitique plutôt qu’économique. Or, la politique se faisait et se défaisait très rapidement, donnant notamment l’occasion aux femmes de divorcer. L’expansion de la famille, n’était plus vitale non plus. Au lieu d’avoir une dizaine d’enfants, les familles s’épanouissaient avec des fratries de deux ou de trois enfants. De nombreuses avancées ont eu lieu mais l’émergence de la nouvelle religion, le christianisme, a signé un retour aux valeurs plus archaïques. [12] [13]

Les connaissances médicales dans la Rome antique

L’Empire romain est dans la lignée du monde helléniste, il n’aurait pas vu le jour sans son légendaire ancêtre. De nombreux points communs existent entre ces deux cultures malgré quelques transformations. Tout naturellement, la médecine grecque est à l’origine du fondement de la médecine romaine et de nombreux médecins grecs pratiquèrent leur discipline sur ces deux territoires. [14]
Le cycle de la vie féminine est tout à fait connu à Rome : d’abord la puberté avec l’apparition des premières règles, puis la vie quotidienne avec la période d’activité génitale jusqu’à la ménopause. Chaque période est facilement reconnaissable et est associée à toute une série de spéculations. Ainsi, l’apparition des règles est à la fois un évènement positif et négatif. Elles permettent à la jeune fille d’en finir avec toutes les maladies de la petite enfance mais sont également un mal nécessaire à la procréation. Entendons par là que la douleur pendant la période des menstrues est signe de bonne santé. A l’opposé, la ménopause serait soit à l’origine de l’apparition de duvet sur la totalité du visage, soit responsable au contraire de calvitie. Dans les deux cas, des précautions sont à prendre pour qu’elle n’apparaisse pas trop brutalement et une activité physique est conseillée afin d’assouplir les organes qui ont perdu la plasticité de la jeunesse. Ces dernières considérations semblent modernes et adaptées, la transition vers l’âge d’or étant une période compliquée pour la femme. [15][16]
La période d’activité génitale et surtout les règles sont largement décrites également. Le sang des règles est affilié à toute une série de malédictions : la femme, quand elle n’est pas enceinte, devient pratiquement une sorcière quand elle a ses règles. Le coït pendant cette période est proscrit car il suscite le mal et la mort. La femme dans cet état fait avorter les animaux qu’elle toucherait, le sang perdu pourrait même être utilisé pour réaliser des potions abortives, même les plantes périssent sur le passage de ces femmes. Cette idée du démoniaque flux des menstruations est légèrement contrastée par des auteurs comme Pline l’Ancien qui le voit comme un remède dans certains cas. Il guérit les écrouelles, les parotidites, les furoncles et l’épilepsie. [15][16]
Nous retrouvons beaucoup de descriptions sur ces différents sujets mais pourtant, aucune source ne précise si un lien était établi entre les menstruations et l’utérus.
Des représentations des malpositions fœtales illustrant la Gynécologie de Moschion [Annexe III], montrent le mobile fœtal dans un contenant dont l’anatomie schématique évoque clairement l’utérus. Son rôle est clairement défini pendant la grossesse mais aussi dans une maladie grave : l’hystérie, dont les premières descriptions trouvent leur origine dans la médecine grecque. L’utérus malade rend malade la femme toute entière. Cette pathologie est le miroir de la femme dans ses rapports à l’homme. L’absence de rapports sexuels chez la veuve provoque par exemple un tel déséquilibre de ses humeurs, que la topographie de son utérus change et elle en devient hystérique. Le corps de la femme et notamment son utérus sont le support de son âme. Cette croyance véhiculée par des médecins hommes reflète l’incapacité de ces professionnels à différencier le rôle émotionnel du manque de l’homme ou du fait que la femme n’est pas avec celui qu’il faut. Mieux valait trouver une explication organique que d’interroger leurs rapports aux femmes.
Tout comme chez les grecs, une nouvelle fois, on retrouve à Rome, des tentatives de contrôle des naissances par des méthodes contraceptives similaires, ou encore des méthodes d’avortement. Certains clichés vont également toujours bon train comme le fait que la stérilité est toujours imputée à la femme.
Malgré une certaine progression de la position de la femme dans la société romaine, les connaissances liées à sa féminité restent très approximatives et relèvent toujours plus de croyances que de réels faits médicaux. Cela explique peut-être la fragilité de ce statut fraichement atteint qui vacillera si rapidement au moment de l’émergence du christianisme.

Du Moyen Âge à la Renaissance

La femme du Moyen Âge à la Renaissance

Le destin de la femme à travers ces siècles est intimement lié à l’émergence religieuse, notamment celle du christianisme en occident. Il faut donc rappeler ici que le royaume de France était alors une monarchie dont le roi était le représentant de Dieu sur terre. Il est donc logique que les lois qui régissaient son territoire soient influencées par la Bible.
Le positionnement de la femme dans cette société est à rattacher directement à l’origine de l’homme que l’on retrouve détaillée dans la Genèse. Lorsque Dieu créa la femme, il utilisa une côte d’Adam, le premier homme sur terre pour la façonner, et lorsqu’elle lui fut amenée, il s’écria « Cette fois-ci, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair. Celle-ci sera appelée “ femme ”, car elle fut tirée de l’homme. ». Adam est lui-même à l’origine du nom de chacune des espèces dans l’environnement nouvellement créé par Dieu et c’est pour conclure ces dénominations qu’il qualifie la femme de femme. Elle a été créée pour lui apporter l’aide dont il aura besoin par la suite. Une espèce à part entière avec un rôle défini.
Plus loin, dans ce qui est décrit comme le péché originel, Eve, la femme d’Adam, est celle qui la première mange du fruit défendu avant d’en donner à son mari. En représailles, Dieu la punit en faisant de la grossesse un phénomène douloureux avec la très connue injonction « Tu enfanteras dans la souffrance ». Or cette conséquence n’est pas la seule car Dieu ajoute « Tu te sentiras attirée par ton mari, mais il te dominera ». Cette seconde partie est moins ancrée dans les connaissances des textes sacrés pour les non-initiés et pourtant elle décrit précisément un héritage qui marquera pendant des siècles la place de la femme dans la société. [17]
Pour en revenir à l’époque qui nous intéresse, à travers ces siècles, la femme, quelle que soit sa position dans la société, est subordonnée à ces deux principes. Le contrôle des naissances n’existe pas et la femme du Moyen Âge commence à enfanter très tôt et jusqu’à sa mort souvent liée à son accouchement. Son rôle est de donner un héritier dans les familles aisées sinon de produire de la main d’œuvre dans les familles plus modestes. A ceci s’ajoute tout un ensemble de tâches domestiques mais elle sera principalement respectée et désirée pour ses capacités à mettre au monde un garçon. La capacité reproductrice de la femme est donc sa principale valeur et est concomitante de l’utérus.
Toute femme doit s’en remettre à un homme et elles sont de toute façon exclues de tout rôle public. Même si les siècles avancent et que la femme évolue sur d’autres plans, cette base reste immuable durant des années.

Les connaissances médicales au Moyen Âge et à la Renaissance

Nous pouvons penser que les difficultés de cette période sont de rester enfermés dans les acquisitions scientifiques et médicales des Anciens comme celles de Galien notamment. De nombreux progrès méritent tout de même d’être soulignés mais ils ne concernent pas les femmes. Les recherches en anatomie par exemple, prennent un tournant incroyable avec en chef de file des hommes comme Vésale, Ambroise Paré ou encore Charles Etienne… Malgré́ des ambitions très nobles d’accéder à des stades de description aussi proches que possible des corps qu’ils dissèquent, certaines vérités restent difficiles à exposer. La création de l’homme dans la religion catholique fait de la femme la réplique exacte de l’homme, ils sont établis de ce fait sur un même modèle. C’est pourquoi, pendant des années encore, il faut justifier les différences entre l’homme et la femme en allant dans ce sens. Ambroise Paré décrit donc les organes de la reproduction en expliquant que ce que la femme a en dedans est l’identique de ce que l’homme à en dehors. Vésale, lui-même, ne peut s’empêcher dans son recueil Frontispice de la Fabrica dans lequel figure une leçon sur le corps de la femme de faire apparaitre une ressemblance frappante entre l’appareil reproducteur masculin et l’appareil reproducteur féminin [Annexe IV]. Cette vision biaisée persiste longtemps, du fait de la prison spirituelle que toute personne s’applique à respecter sous cette époque très pieuse. [18]
Pourtant, l’utérus détonne. Même avec toute la volonté d’assimilation des plus grands anatomistes de l’époque, il n’a pas son pareil chez l’homme. Nous pouvons nous interroger : pourquoi la femme est-elle encore et toujours réduite à son utérus, à ce moment de l’histoire ? On retrouve à la Renaissance, ce même terme de matrice énoncé beaucoup plus haut dans ce texte car datant de la Grèce antique et des premiers médecins que le monde ait connus. Ambroise Paré, dans son traité De la génération, utilise une description de l’utérus qui n’est pas sans rappeler Hippocrate d’ailleurs : « Or pour le dire en un mot, la matrice a ses sentiments propres, étant hors de la volonté de la femme ; de manière qu’on la dit être un animal, à cause qu’elle se dilate et raccourcit plus ou moins, selon la diversité des causes. Et quand elle désire, elle frétille et se meut, faisant perdre patience et toute raison à la pauvre femmelette, lui causant un grand tintamarre. » [19]
La matrice est ce qui fait d’une femme une femme tant par sa capacité à accueillir le développement du fœtus que parce qu’elle est le siège de toutes les maladies qui peuvent la toucher. L’hystérie est un héritage ancestral qui s’en trouve encore être la manifestation la plus extrême du dérèglement de la matrice.

La boucle est bouclée

Malgré les siècles, et des considérations très diverses de chaque société s’étant succédée, la place de la femme dans la société a stagné alors même que les connaissances se sont développées. Il est impossible d’incriminer un seul responsable dans ce consensus mais l’utéro-centrisme sur lequel se base la différence homme/femme y a certainement fortement contribué.

L’embryogenèse du progrès

Après une longue période sans évolution notable, les connaissances scientifiques ont largement progressé. Pour aborder cette partie et afin de borner nos recherches, nous nous concentrons sur la femme occidentale et plus particulièrement sur la femme française. La rétrospective historique globale s’affine avec un exemple qui nous parle d’autant plus qu’il s’inscrit dans l’histoire de notre pays. Nous allons donc énumérer et mettre en lien de la même façon que précédemment, non plus des époques, mais des évènements primordiaux avec des avancées médicales. Afin de mettre en lumière le virage que nous connaissons, et jusqu’à arriver à la place actuelle que la femme semble occuper dans la société.

Éducation, statut juridique et libre arbitre

Éducation, statut juridique et libre arbitre : ces trois mots sont le résumé de ce qui constitue les piliers de l’évolution du statut de la femme dans la société française. En France, l’héritage culturel d’une société patriarcale religieuse mène la vie dure au développement de la femme dans ces trois domaines. Nous notons que le XIXe siècle est le point d’ancrage de cette ouverture en nous appuyant sur des ressources immuables que sont les lois. Nous nous contenterons des lois françaises même s’il est intéressant de regarder au-delà de nos frontières pour se rendre encore compte des disparités entre les différents territoires qui nous entourent.
La laïcité du savoir est le point de départ qui nous a permis de passer du monde des croyances au monde de la science, enfin devenu une discipline factuelle. Ceci ayant permis de réduire le considérable écart entre la femme faible et l’homme fort, une succession de réformes vont faire suite pour reconsidérer la femme en tant que citoyenne à part entière.
Afin de montrer l’évolution, commençons par souligner qu’au début du XIXe, en 1804 plus précisément, le Code civil consacre l’incapacité juridique totale de la femme mariée. Elle est donc entièrement et totalement dépendante de l’homme auquel elle s’unie. Sans vraies avancées sur plusieurs années, il convient de se demander ce qui a permis à la femme de se rendre compte de ce statut abusif. Dans chaque société qui se développe, l’éducation accessible à tous est le début du progrès. Les lois Ferry répondent à cette demande en proclamant l’enseignement primaire obligatoire, public et laïc, ouvert aux filles comme aux garçons. Cette première génération de petites filles pouvant enfin flirter avec la connaissance, permet de voir émerger un nouveau souffle à la cause féminine. Il est connu qu’il est bien difficile quand nous commençons à goûter aux savoirs de s’arrêter et en 1924, l’équivalence entre le baccalauréat masculin et féminin est prononcée grâce à un cursus secondaire identique.
Cette première marche franchie, avec les connaissances et l’ouverture au monde, la révolution ne peut plus s’arrêter. En effet, il nous parait important d’exposer la loi de 1804 sur l’incapacité juridique pour montrer qu’en 1938, soit cent trente-quatre ans plus tard, que le Code civil déclarait enfin la puissance maritale supprimée. Cependant, comme dans toute démarche politique, des conditions restent présentes et non des moindres. Le mari conserve le droit d’imposer le lieu de résidence et d’autoriser l’exercice d’une profession à sa femme. L’accès à la libre pensée semble donc amorcé même avec les réserves du cadre de la loi. Le droit de vote et d’éligibilité accessible aux femmes à partir de 1944 obtenu par des mouvements sociaux importants est l’amorce de l’intégration des femmes dans les instances décisionnaires. Dans la foulée, en 1946, le préambule de la constitution pose le principe de l’égalité des droits entre hommes et femmes dans tous les domaines. Tous ces principes ont conduit à la libération de la pensée féminine et à son libre arbitre, pourtant la femme reste prisonnière d’autre chose. [20]

A vos corps libérés

La contraception

Une fois l’esprit libre, les femmes restent des femmes aux yeux de la société, et la reproduction ainsi que le contrôle des naissances ne dépendent pas de leur bon vouloir mais des besoins. Nous sommes aujourd’hui en 2019, et la loi Neuwirth ne date que de 1967. Cette loi capitale dont le nom n’évoque peut-être pas grand-chose est celle qui autorise la contraception et qui permet donc aux femmes de pouvoir décider ou non de leur grossesse. C’est dans cet entrain de positivité que la pilule apparaît comme un énième cadeau que la société fait aux femmes mais pourtant, « … ironie mordante, la pilule a vu le jour grâce à des mouvements politiques et idéologiques n’ayant aucun intérêt pour le bien-être féminin. La première pilule a été inventée dès 1930 en Hongrie sous le nom d’Infecundin mais elle ne sera jamais commercialisée. C’est une certaine Enovid qui fera un carton mondial vingt-sept ans plus tard. » expose Sabrina Debusquat dans J’arrête la Pilule. [21]. La définition d’un médicament est basé sur le fait de soigner les maladies, la pilule n’en est donc pas un. La grossesse ne constituant pas une maladie, la pilule fut en réalité développée avec des volontés eugénistes. Elle est pensée et conçue comme un moyen supplémentaire de contrôler le contenu du corps de la femme, et même d’aller plus loin, puisqu’elle permettrait une forme de sélection à la reproduction [21].

L’Interruption volontaire de grossesse

L’acquisition de ce droit fut un travail de très longue haleine, la société faisant peser sur les femmes leur responsabilité de génitrice. Dans plusieurs systèmes gouvernementaux, on retrouve des politiques natalistes très fortes. Les exemples les plus connus sont ceux de la France de Vichy ou encore de l’Allemagne nazie :« l’avortement devenait objectivement acte de résistance multiple. La femme devait servir l’Etat, le foyer, l’économie. » [22] sous peine de condamnation à mort. Les trois K du fascisme allemand en sont l’illustration parfaite : « Kirche, Küche, Kindern », ce qui se traduit par église, cuisine et enfants. La femme doit s’occuper du foyer mais aussi de repeupler. Cette situation a perduré pendant les années d’après-guerre et les dommages sur la population féminine furent particulièrement sévères [22].
Ce n’est que le 13 décembre 1973 que débute, à l’Assemblée nationale, le débat autour de l’avortement. Et il faut attendre le 17 janvier 1975, pour l’adoption de la « loi Veil », qui dépénalise l’Interruption volontaire de grossesse. [23]. Aujourd’hui, la contraception existe mais doit être maitrisée.
Place au paradoxe : pour commencer, une remarque : au XXIe siècle en France, plus de 250 000 avortements ont lieu chaque année avec un taux de mortalité pour les patientes quasi nul. Ce taux est à opposer à celui du siècle précédent, dans lequel le décès des patientes n’était pas exceptionnel. Ce décès complique un avortement souvent maquillé afin de ne pas faire honte aux familles.
Avant 1975, les conditions d’exercice de cette partie de la gynécologie sont très variables. Certaines ont recours à des médecins qui travaillaient de façon aseptique. D’autres n’ayant pas suffisamment de réseaux ou d’argent pour trouver un médecin tombent entre les mains d’escrocs qui vendent des comprimés de permanganate qu’elles s’enfoncent dans le vagin. La pratique la plus répandue consiste à s’introduire un instrument dans le col de l’utérus qui peut provoquer la fausse couche. On retrouve une longue liste d’aiguilles à tricoter, de baleines de parapluie ou de corset, d’épingles à cheveux, de tiges de lierre, d’os de poulet, de fils de fer ou de fils électriques. L’enjeu est de déclencher une infection afin de provoquer les contractions. Ceci explique les raisons évidentes des décès soit par infection non contrôlée, par hémorragie, ou par embolie. Toutes sortes de solutions sont également utilisées pour nettoyer ce contenu non désiré. [24] Notons que non seulement, il y a un risque mortel pour les patientes mais aussi pour les faiseuses et faiseurs d’ange, avec un chemin tout tracé vers la guillotine.
Pourquoi la médecine gynéco-obstétricale au XIXe siècle n’a pas porté d’intérêt à la pratique de tels actes de barbarie ? Il est étonnant de se dire qu’étant données les pratiques évoquées précédemment, c’est à l’obstétrique et notamment Ignaz Fülöp Semmelweis que l’on doit la plus grande avancée dans le domaine de l’hygiène. Il constate que le lavage de mains avec une solution antiseptique permet de réduire le risque de fièvre puerpérale. Les autres grandes avancées sont en lien avec la chirurgie. La césarienne et ses risques sont un grand sujet de recherches, ou encore l’ablation d’utérus fibromateux par voie abdominale. Le tournant de la médecine est enclenché avec la révolution des techniques et surtout de la chirurgie, les médecins deviennent des experts de leur discipline. Dans le recueil qui a permis de trouver ces informations : Histoire de la pensée Médicale en Occident, une phrase est consacrée à ce qui semble être les débuts de la contraception : « Contentons-nous de rappeler le diagnostic précoce de grossesse, la découverte de l’action antagoniste sur le muscle utérin des hormones hypophysaires et du corps jaune, et aussi la synthèse des substances capables de stopper l’ovulation et la conception. » [25] Cette conclusion d’un paragraphe imbuvable sur les différents progrès de la médecine gynécologique et obstétricale paraît succincte et rapide quand on sait pourtant tous les enjeux qui s’y cachent.
La femme malgré un rôle de plus en plus important dans la société et une libération de ses droits semble rester l’esclave de son corps et surtout de son utérus.

La psychologie utérine

Il existe une autre problématique historique liée à l’utérus : l’hystérie. La racine étymologique du nom de cette pathologie vient du mot utérus. Aujourd’hui, ce terme n’a plus la même signification mais dans le cadre de notre travail, il est intéressant de s’y arrêter.
L’hystérie est une des pathologies les plus anciennes à propos de laquelle les grands Hippocrate ou Platon, discutaient déjà : « Platon (-427/-347), toujours imaginatif, écrivait dans le Timée que l’utérus était un petit animal dont l’obsession, l’idée fixe pour reprendre l’expression de Charcot, était de faire des enfants. S’il ne pouvait accomplir sa mission, il errait à travers le corps féminin comme une âme en peine et surtout, il en obstruait les orifices par lesquels sort l’air inspiré et empêchait la respiration. Il s’ensuivait les désordres organiques les plus calamiteux. » décrit Roger Teyssou.[26] Pendant plusieurs décennies, l’hystérie était une maladie entravant le bon fonctionnement du corps de la femme qui n’avait pas d’enfant. Elle était souvent retrouvée chez des vieilles filles ou des veuves, le fait de ne pas avoir d’enfant les rendant malades. Plusieurs hypothèses ont d’ailleurs germé à propos de ce mal pour en comprendre le mécanisme : l’aménorrhée pour Galien de Pergame par exemple. Peu à peu, les idées ont évolué et à partir du XVIIIe siècle, les répercussions deviennent cérébrales : « Achille Foville (1799-1878) considérait l’hystérie comme une maladie utérine dont les troubles avaient une répercussion cérébrale. Il écrivait en 1833 : … cette opinion qui place dans l’utérus le siège primitif de l’hystérie n’implique pas que l’utérus soit le siège des convulsions générales. Les convulsions résultent immédiatement d’une influence spéciale de l’encéphale ; cette influence est elle-même déterminée par l’action de l’utérus sur lui » [26]. L’hystérie devient une maladie psychiatrique dont l’origine reste liée à l’organe. L’Histoire veut que lorsque l’on cite l’hystérie, nous en venions à Charcot et ses hystériques. Il passa la plus grande partie de sa carrière à étudier des femmes atteintes de cette maladie pour arriver à les traiter. Nous lui devons la compréhension de la pathologie qui n’a rien à voir avec l’utérus et surtout les bases de la psychanalyse. [26]
Aujourd’hui subsiste ce mot : hystérie, qui désigne toujours le lien entre les femmes et une pathologie. La connotation de ce mot reste d’ailleurs féminine, alors que l’hystérie peut aussi bien toucher les hommes que les femmes dans la société moderne.
Ce dernier exemple illustre une imbrication illégitime du corps et de l’esprit de la femme. Même si les progrès purement techniques font décoller les prises en charge des femmes autour de la naissance et de l’accouchement, la morale et l’héritage culturel étouffent les vraies problématiques féminines du quotidien. La société fait avancer la femme en feignant une libération et des avancées qui ne répondent pas aux besoins profonds de la condition féminine.

Future is female

Avec la médiatisation et la libération de la parole des femmes à travers des mouvements comme #metoo diffusé sur les réseaux sociaux depuis octobre 2017 ou #PayeTonUterus apparu en 2014, ou plus simplement l’élévation du féminisme à un niveau tel qu’on pourrait l’assimiler à une religion. L’égalité entre les sexes devient affaire de tous et pour avancer dans toute carrière publique, il faut désormais considérer les problématiques féminines.
Dans cette dernière partie, nous tenterons de brosser un portrait de la femme du XXIe siècle et de sa position dans l’organisation sociétale. Ensuite, nous relèverons les évolutions médicales pour en arriver aux débats qui font l’actualité voire qui la composeront demain.

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Table des matières

Introduction
I. Matériels et méthode
II. Histoire de l’utérus : la boîte à bébés
1. La femme dans la préhistoire
2. Grèce antique
2.1. La femme dans la Grèce antique
2.2. Les connaissances sur l’utérus durant la Grèce antique
3. Rome antique
3.1. La femme dans la Rome antique
3.2. Les connaissances médicales dans la Rome antique
4. Du Moyen Âge à la Renaissance
4.1. La femme du Moyen Âge à la Renaissance
4.2. Les connaissances médicales au Moyen Âge et à la Renaissance
5. La boucle est bouclée
III. L’embryogenèse du progrès
1. Éducation, statut juridique et libre arbitre
2. A vos corps libérés
2.1. La contraception
2.2. L’Interruption volontaire de grossesse
3. La psychologie utérine
IV. Future is female
1. La femme 2.0
1.2. L’égalité homme/femme à tous les niveaux
1.3. Libération de la parole
2. La médecine du genre
2.1. Fertilité
2.2. Cancer
3. Demain
3.1. Gestation pour autrui (GPA)
3.2. Les nouvelles technologies
3.3. L’avenir, une dystopie ?
Conclusion
Bibliographie

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