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Le modèle de Walsh (2002)
Le modèle de Walsh (2009)
La règle de politique monétaire optimale : le modèle de Svensson (2010)
Tout d’abord, le rôle principal de cette politique monétaire est d’assurer un ancrage nominal d’inflation pour l’économie sans pour autant que le reste des objectifs de la banque centrale soient en contradiction avec cette cible d’inflation. La stabilité des prix doit être l’objectif ultime de la politique monétaire. Néanmoins, la banque centrale doit s’intéresser en priorité à la réalisation de son objectif d’inflation sans pour autant négliger les autres objectifs comme la croissance économique, le niveau d’emploi ou la stabilité du taux de change.
En second lieu, le régime de ciblage d’inflation doit également assurer un gain en bien-être social en réduisant l’incertitude, ancrer les anticipations d’inflation et ré-duire l’incidence des chocs exogènes. La cible d’inflation choisie doit pouvoir permettre d’atteindre le taux d’inflation socialement optimal et de construire un cadre de politique monétaire qui assure un taux d’inflation faible. En fixant sa cible d’inflation, la banque centrale doit utiliser toute l’information et les signaux disponibles sur le marché afin de connaître l’orientation des anticipations des agents économiques et pouvoir ainsi décider de l’orientation future de la politique monétaire, Svensson (2010).
Une autre caractéristique importante est à noter. Il s’agit du retard dans le mécanisme de transmission de la politique monétaire. Il n’est pas possible d’atteindre un niveau d’inflation identique à la cible. Par conséquent, on adopte une règle de ciblage d’inflation anticipée qui saura mieux correspondre aux évolutions économiques.
La banque centrale doit mettre en interaction son objectif d’inflation avec ses autres objectifs afin d’assurer une conduite optimale de la politique monétaire tout en s’assurant qu’elle soit suffisamment indépendante des interférences politiques pour réali-ser ses objectifs. En effet, la banque centrale doit avoir une indépendance opérationnelle afin de décider des instruments monétaires, de l’orientation de la politique monétaire et de l’autonomie financière et administrative. Par conséquent, les autorités monétaires peuvent réaliser leurs objectifs sans interventions politiques, ce qui permet d’éviter les problèmes d’incohérence inter temporelle. Pour ce faire, cette indépendance doit avoir un caractère législatif. La banque centrale doit impérativement être reconnue légalement comme la seule autorité qui soit libre de ses actions afin de mener rigoureusement sa politique monétaire.
La transparence est un autre élément qui permet d’assurer la crédibilité de la banque centrale. En effet, celle ci est dans l’obligation de publier régulièrement des rapports sur ses stratégies et ses décisions, puisque « une politique monétaire est plus efficace lorsque les marchés en comprennent les objectifs et le lien entre ces objectifs et les mesures mises en oeuvre » 11.
Freedman (2009) propose qu’en plus de la publication régulière de rapports sur les différentes actions mises en oeuvre, il est optimal de mettre en place des mécanismes de surveillance. Ces derniers s’assurent de la bonne application par la banque centrale des objectifs déjà énoncés. Ceci aura comme conséquence, un renforcement de la crédibilité de la politique monétaire et une adaptation des anticipations des agents économiques.
Tous ces éléments montrent que la réussite de la politique de ciblage d’inflation est contrainte par plusieurs conditions qui ne sont pas toujours facile à satisfaire. Dans la section qui suit, nous présentons en détails les principaux éléments qui conditionnent l’adoption de cette règle monétaire. Dans un premier temps, nous présentons les pré-requis institutionnels tels que l’indépendance et la transparence de la banque centrale. Puis, dans un deuxième temps, nous identifions les différents pré-requis structurels, tels que les infrastructures techniques et la structure économique et financière la mieux adaptée dans un tel cas.
Transparence, Communication et Indépendance sont les facteurs clés du succès d’une politique de ciblage d’inflation. Ce constat a motivé les banques centrales adoptant le ciblage d’inflation à fournir plus d’efforts afin de renforcer ces trois caractéristiques dans leur plan d’action. La littérature récente s’intéresse de plus en plus à ces trois éléments et à leurs impacts sur la réussite de la politique monétaire, Roger & Stone (2005).
L’importance de la transparence vient du fait qu’elle aide le public à comprendre les objectifs et les actions de la banque centrale. Une meilleure compréhension par le public rend la politique monétaire adoptée plus crédible et donc plus efficace. En effet, une plus grande transparence suppose que la banque centrale expose clairement son interprétation du mandat qui lui a été confié et se montre disposée à communiquer sur ses objectifs. Une fois ces objectifs sont correctement définis, la banque centrale doit être suffisamment indépendante des pouvoirs politiques afin qu’elle puisse les accomplir d’une manière efficace.
« Accorder leur indépendance aux banques centrales signifie que nul corps consti-tué, gouvernement, parlement ou l’un de leurs membres respectifs, ne détient le pouvoir d’interférer dans les décisions prises par la banque centrale dans l’exercice de sa mis-sion statutaire et encore moins de renverser le cours des décisions prises » 12.
Compte tenu de cette définition, l’indépendance des banques centrales s’entend principalement sur le plan organisationnel et sur le plan économique :
– L’indépendance organisationnelle concerne l’ensemble des dispositions qui ré-gissent la formulation de la politique monétaire et l’organisation institutionnelle de la banque centrale. Cette dernière concerne la composition des instances de décision, le mode de recrutement et de révocation des dirigeants, la durée du mandat, la responsabilité des instances dirigeantes de la banque.
– L’indépendance économique des banques centrales s’exerce en matière de po-litique monétaire et se décline en indépendance d’objectifs et/ou indépendance d’instruments.
Ces différentes composantes doivent être soigneusement distinguées afin qu’on puisse parler effectivement de banque centrale indépendante.
La littérature s’est longtemps intéressée à l’indépendance de la banque centrale et à ses effets macroéconomiques. Parmi les études empiriques liant l’indépendance aux performances économiques, la relation entre l’inflation et l’indépendance a fait l’objet d’une attention particulière. Il a été avancé qu’un important degré d’indépendance est associé à une faible inflation. En effet, une plus grande autonomie aide la banque centrale à s’engager d’une manière efficiente en faveur de son objectif de stabilité des prix. Alesina & Summers (1993) valident cette relation négative entre indépendance et inflation pour seize pays développés entre 1955 et 1988. Selon ces auteurs, l’in-dépendance de la banque centrale offre un pouvoir explicatif important de l’inflation. Ce résultat montrant un lien négatif entre l’inflation et l’indépendance de la banque centrale se révèle être, plus tard, très fragile. Cukierman et al. (1992) ont développé de leur côté un autre indicateur qui semble être plus précis que le premier. Ces auteurs développent une mesure globale d’indépendance en se basant sur quatre indicateurs principaux. Le premier définit l’indépendance légale à travers le statut du gouverneur de la banque centrale (durée du mandat, procédures de nomination et de démission). Le deuxième indicateur prend en compte la formulation de la politique monétaire. Le troisième considère la définition des objectifs de la banque centrale. Enfin, le quatrième indicateur considère l’indépendance de la banque centrale en se basant sur sa capacité à s’abstenir au financement du déficit budgétaire du gouvernement. L’indice global de Cukierman et al. (1992) varie entre 0 et 1 avec la valeur 0 faisant référence à une faible indépendance et la valeur 1 à une forte indépendance.
Batini & Laxton (2007) proposent un autre indice d’autonomie institutionnelle qui permet de tester la capacité de la banque centrale à poursuivre les objectifs de sa politique monétaire sans pour autant entrer en contradiction avec les autres objectifs fiscaux, budgétaires. Pour ce faire, ils regroupent six mesures pour en former un indice. Il s’agit pour commencer, de l’absence d’obligation fiscale. Il faut comprendre par là que l’institution monétaire doit être libérée de tout engagement, explicite ou implicite, pour financer le déficit public du gouvernement. La deuxième mesure est l’indépendance opérationnelle qui traduit l’autonomie de la banque centrale pour fixer ses instruments et pour définir l’orientation de sa politique monétaire 13. Comme troisième mesure, les auteurs considèrent une variable qui décrit l’objectif de la banque centrale : un objectif unique centré sur l’inflation ou une multitude d’objectifs (entre autres la stabilité de l’inflation). La quatrième mesure est une balance fiscale équilibrée qui montre qu’il n’existe aucune pression sur la banque centrale pour financer le déficit fiscal. Une faible dette publique est également un indicateur de l’indépendance de la banque centrale. Enfin, la dernière mesure est un indicateur de l’indépendance globale de la banque centrale tant au niveau économique que politique 14.
Le tableau (1.1) illustre les différentes facettes de l’autonomie de la banque cen-trale. L’objectif de stabilité des prix est le plus souvent inclus dans la législation de la banque centrale. Cependant, dans un grand nombre de pays, cette législation ne définit pas clairement l’importance de la stabilité des prix comme le principal but de la banque centrale. Par conséquent, en adoptant une politique de ciblage de l’inflation, la spécifi-cation de la cible d’inflation devient un point important dans la définition des actions de la banque centrale. Dans la plupart des pays, la spécification de cette cible est effectuée d’une manière jointe entre la banque centrale et le gouvernement. Par ailleurs, certains pays déclarent qu’il y a un seul intervenant dans la définition de la cible, soit c’est le gouvernement soit c’est la banque centrale. Cependant en pratique, la définition de la cible est généralement faite en collaboration entre les deux autorités.
Un deuxième point est mis en évidence dans le tableau (1.1). Il s’agit de l’auto-nomie de la banque centrale pour fixer ses instruments. Dans les économies émergentes, la mise en place des objectifs monétaires se fait en réduisant l’initiative de la banque centrale à financer le déficit du gouvernement et en minimisant la participation de l’État dans la prise de décision des autorités monétaires.
Il y a une divergence des avis concernant la notion d’autonomie ou d’indépendance de la banque centrale. Sur le plan théorique, Roger (2009) montre que l’autonomie de la banque centrale est contrainte par l’obligation de celle-ci à financer le déficit du gouvernement et par conséquent, par l’intervention de l’État dans la prise de décision des autorités monétaires. Cependant, sur le plan pratique, cette notion d’autonomie de la banque centrale diffère. On considère dans la plupart des cas que l’autonomie est liée uniquement au degré d’engagement de la banque centrale vis-à-vis de la politique de ciblage de l’inflation. Il est de la responsabilité de la banque centrale de bien mener la politique de ciblage de l’inflation. Toute action ou décision effectuée doit être com-muniquée d’une manière transparente auprès du public. En effet, une communication permanente auprès du public minimise les pressions externes sur la banque centrale, afin d’orienter la politique monétaire vers des objectifs autres que ceux prévus par le mandat. Dans cette perspective, un niveau élevé d’autonomie aide la banque centrale à poursuivre son mandat, en réduisant ainsi certaines incitations ayant pour but de la faire dévier de son objectif primordial.
Dans le rapport de la BCE, » La transparence implique que la banque centrale fournit au grand public et aux marchés, ouvertement, clairement et en temps voulu, toutes les informations utiles concernant sa stratégie, ses analyses et ses décisions de politique monétaire ainsi que ses procédures ».
Le tableau (1.2) présente cinq éléments qui sont à la base de toute politique moné-taire transparente saine :
– Publication régulière de rapports portant sur la politique monétaire et sur l’évo-lution de l’inflation,
– Publication de rapports spéciaux en cas de non atteinte de la cible d’inflation prévue,
– Utilisation de certaines clauses de sauvegarde afin de limiter la responsabilisa-tion de la banque centrale dans certaines circonstances et indiquer en avance la manière dont les autorités monétaires doivent réagir dans le cas d’importants chocs exogènes.
La banque centrale est alors face à deux choix : cibler le niveau des prix ou encore cibler le taux d’inflation. Ces deux régimes ont des modes de fonctionnement et des implications différentes pour la politique monétaire. Avec une cible du niveau des prix, les conséquences des écarts d’inflation passés sur le niveau des prix doivent être éliminées. Si par exemple, un choc vient augmenter le niveau des prix et l’inflation au-dessus des niveaux cibles, l’inflation devra à la période suivante se situer en dessous de sa cible afin que le niveau de prix retourne à sa valeur initiale. Alors qu’avec une cible d’inflation, une inflation supérieure à la moyenne n’est pas corrigée. La banque centrale assure simplement que l’inflation retourne à la période suivante à sa cible sans essayer de restaurer le niveau du prix initial.
Cette question du choix de la variable à cibler a suscité l’intérêt de bon nombre d’économistes. Les pionniers ayant traité empiriquement cette question, sont Lebow & Wascher (1995), Debelle & Fischer (1994) et Haldane et al. (1996). Les études dévelop-pées ont montré que le choix entre le ciblage du niveau des prix et le ciblage de l’inflation repose sur un arbitrage entre la variabilité de l’inflation et la variabilité de la production à court terme 15.
La première contribution théorique est due à Svensson (1999). Ce dernier consi-dère qu’il existe un arbitrage entre l’écart de production et d’inflation. Il montre qu’il est optimal que la banque centrale cible le niveau des prix plutôt que l’inflation. En effet, en adoptant cette politique monétaire, la volatilité de l’inflation et de l’output semble être faible en comparaison avec une politique de ciblage de l’inflation. Ce postulat est remis en cause dans le papier de Kiley (1998). L’auteur montre que l’écart entre l’output et son niveau d’équilibre est nul sous une cible d’inflation. Alors qu’une cible du niveau de prix augmente la volatilité de la production par rapport à son niveau d’équilibre et élimine l’arbitrage entre la volatilité de l’inflation et de la production.
La question du choix entre indice des prix ou inflation comme une variable à cibler reste très controversée dans la littérature. Cependant, la politique de ciblage d’inflation reste la plus répandue dans les économies développées et émergentes.
L’indice des prix à la consommation est construit à partir du niveau moyen des prix des biens et services consommés par les ménages. Cette caractéristique lui donne l’avantage d’être la mesure officielle pour la cible choisie et permet ainsi une plus grande facilité de communication de la part de la banque centrale avec le public.
Malgré son côté pratique, l’indice des prix à la consommation souffre notamment d’un biais dans le calcul de l’indice de renchérissement dans les économies dévelop-pées. Celui-ci est encore plus important dans les économies émergentes. En effet, l’IPC ne reflète pas forcément l’augmentation du coût de la vie puisqu’il ne peut prendre en compte certains facteurs dont l’incidence est difficile à mesurer, il s’agit de l’effet Boskin(1995) 16. Parmi ces facteurs ;
– Un effet de substitution : quand le prix d’un produit dans le panier du consom-mateur augmente considérablement, les consommateurs ont tendance à le sub-stituer par d’autres produits coûtant moins chers. Puisque l’IPC est un indice des prix à poids fixe, il ne peut prédire exactement l’impact de l’augmentation des prix sur le budget du consommateur.
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Table des matières
Introduction Générale 1
1 La politique de ciblage de l’inflation : un état des lieux
1. Introduction
2. La théorie sous-jacente
3. Les déterminants et les conditions de mise en oeuvre
4. Les effets macroéconomiques de la politique de ciblage d’inflation
5. La politique de ciblage d’inflation face aux crises
6. Conclusion
2 Dépendance commerciale et politique de ciblage de l’inflation
1. Introduction
2. La relation entre l’ouverture commerciale et l’inflation
3. Le cadre d’analyse
4. Les résultats
5. Conclusion
3 Dépendance financière et politique de ciblage de l’inflation
1. Introduction
2. La dollarisation financière dans les économies émergentes
3. Le cadre d’analyse
4. Résultats
5. Conclusion
4 Une évaluation empirique de l’efficacité de la politique de ciblage de l’inflation
1. Introduction
2. Le ciblage de l’inflation et la performance macroéconomique
3. Des tests économétriques sur les facteurs influençant la volatilité de l’inflation
4. Conclusion
Conclusion Générale
ANNEXES
A Dépendance commerciale et politique de ciblage de l’inflation
1. La dynamique des prix rigides à la Calvo (1983)
2. Le modèle à l’équilibre stationnaire
B Dépendance financière et politique de ciblage de l’inflation
1. le cadre d’analyse
2. Les estimations des paramètres de la politique monétaire
C Une évaluation empirique de l’efficacité de la politique de ciblage de l’inflation
1. Données
2. Définitions des tests économétriques
Références
Bibliographiques
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