L’espace rural attire de plus en plus d’investissements agricoles. Il a toujours été par excellence un milieu de production caractérisé généralement par sa disponibilité en ressources foncières. Cependant, avec la mondialisation et l’avènement du système capitaliste le foncier est devenu de plus en plus rare car convoité par les investisseurs privés et étatiques évoluant notamment dans le secteur de l’agriculture. Leur installation a introduit en milieu rural de nouveaux modes d’occupation du sol et de nouvelles techniques d’irrigation entrainant par la suite de profondes mutations foncière dans les espaces ruraux. Cette situation n’épargne pas la commune de Nguéniène qui, grâce aux potentialités agricoles qu’elle offre demeure une zone privilégiée par les investisseurs agricoles.
Depuis quelques années, l’agriculture sénégalaise s’est lancée dans une importante politique de diversification portant sur la promotion des cultures d’exportation. En effet, cette situation remonte dès les années 80 avec les plans d’ajustements structurels imposés par la banque mondiale et le FMI. Ces plans ont eu des impacts sur les secteurs d’activités des pays en développement notamment sur le secteur de l’agriculture. Au Sénégal il était question de « concentrer ses investissements dans des productions horticoles à haute valeur ajoutée, pour exporter des haricots verts de contre-saison sur les marchés européens, et acheter du blé à bas prix sur le marché mondial » . Pour ce faire le milieu rural, en tant qu’espace de production devient la zone privilégiée pour le développement de ces activités agricoles à haute valeur ajoutée. En plus de cela, l’avènement de l’agrobusiness augmente les enjeux fonciers et favorise le développement des activités agricoles principalement en milieu rural.
Le volume des investissements agricoles privés au Sénégal est chiffré selon l’APIX à 15 milliards de CFA, soit 10% du financement dans le secteur agricole. En effet, selon la même source cette contribution des investissements dans le secteur agricole n’est pas importante. C’est pourquoi, en partenariat avec le Nepad à travers le Programme détaillée pour le développement de l’agriculture en Afrique (pddaa), le Sénégal a mis en place une plateforme de facilitation des investissements agricoles afin de booster ces derniers à hauteur de 20%.
En effet, le Sénégal a des opportunités qui favorisent l’installation des investissements agricoles. Il a un climat océanique favorable sur la bande côtière du pays (littoral et vallée du fleuve Sénégal), une situation géographique avantageuse par rapport aux principaux marchés d’importations, plusieurs types de sols adaptés aux cultures céréaliers et horticoles. Le Sénégal renferme en effet un potentiel hydraulique important mais aussi un climat stable, propice aux cultures de contre saison. Ces atouts font de lui un pays propice au développement des investissements agricoles.
La commune de Nguéniène, situé dans la région de Thiès, plus précisément dans le département de Mbour a une bande côtière qui s’étend sur une distance de 4 kilomètres. Elle a une population de 34482 habitants, répartie sur une superficie de 405 km². Elle est en effet composée de 25 villages répartis en 4 zone en suivant des critères homogènes : caractéristiques biophysiques, degré de polarisation des villages et des infrastructures, activités majeures. La zone nord qui compte 11 village, la zone sud avec 8 villages, la zone centre composée de 5 villages et enfin la zone maritime constitué par le seul village de Mbodjène. Sa proximité par rapport au littoral favorise le développement des espèces végétales. De même, sa proximité par rapport aux grandes agglomérations telles que Mbour, Joal et Dakar qui représentent des marchés de consommation et d’écoulement des produits agricoles, ainsi que la diversité et la qualité de ses sols attirent les investissements agricoles. Ces derniers, implantés dans la commune de Nguéniène favorisent de nouveaux modes d’occupation de l’espace. Dès lors, la présence des investissements agricoles dans la commune entraine-t-elle la dynamique du paysage agraire ?
NGUENIENE, UNE COMMUNE A FORTES POTENTIALTES AGRICOLES
SITUATION GEOGRAPHIQUE DE LA COMMUNE DE NGUENIENE
Les potentialités agricoles d’une localité peuvent être déterminées par rapport à sa situation géographique. Ainsi, la commune de Nguéniène, du fait de sa proximité par rapport aux grandes agglomérations telles que Mbour et Joal mais aussi Dakar, demeure une zone de convoitise pour les investisseurs agricoles. Ainsi, dans ce chapitre, sera étudiée la situation géographique de la commune de Nguéniène afin de déterminer ses avantages en matière de productions agricoles.
LOCALISATION DE LA COMMUNE DE NGUENIENE : UNE POSITION STRATEGIQUE
La commune de Nguéniène localisée dans la région de Thiès, plus précisément dans le département de Mbour se situe à 120 kilomètres au sud de Dakar. En effet, elle est frontalière au Nord et au Nord-est par les communes de Sandiara, de Sesséne et de Tattaguine, à l’Est par les communes de Loul Sessene et de Djilas, au Sud par la commune de Fimela, et à l’ouest par l’océan atlantique et la commune de Malicounda. Ainsi, sa proximité par rapport aux grandes agglomérations telles que Joal, Mbour, Thiès et Dakar fait d’elle un espace privilégié par les promoteurs évoluant dans les secteurs d’activités notamment dans l’agriculture. En effet, ces agglomérations constituent un marché de consommations très important. En plus de cela, l’existence de pistes de production facilite l’écoulement des produits agricoles vers ses agglomérations. Cette position stratégique fait de Nguéniène une zone de convoitise pour les investisseurs agricoles, qu’ils soient privés ou étatiques. Ce faisant, afin de mieux comprendre sa position géographique et d’identifier les facteurs qui attirent tant les investisseurs agricoles, nous allons analyser le site de peuplement.
Analyse du site de peuplement
Administrativement, la Commune de Nguéniène appartient au département de Mbour et à l’arrondissement de Sesséne. Les sérères majoritaires dans la commune seraient venus du Sine, fuyant les exactions du « Bour sine », à la recherche de terres fertiles et de pâturages pour leurs animaux. En effet, « les sérères sont une population de paysans-éleveurs. […] Leur origine est sans doute proche de celle des peulhs, car comme chez ces derniers, comme chez tous les éleveurs africains, le bétail a un caractère sacré » . Quant aux autres ethnies, elles auraient migré dans la localité pour des raisons économiques ; c’est le cas des wolofs par exemple. Le relief ne présente pas beaucoup de contraintes car elle est plate dans son ensemble. Cependant, l’altitude moyenne de la Commune de Nguéniène est de 14 mètres. En effet, au niveau de la zone nord, principalement dans l’espace formant les territoires villageois de Diolofira sérère, de Ndiémane et d’Aga Babou en passant par Balabougou, l’altitude moyenne est de 19 mètres. C’est dans ce triangle où sont implantés la plupart des investissements agricoles. Toutefois, nous pouvons noter l’existence d’une vallée qui sillonne toute la commune. Cependant, au moment de la saison pluvieuse, certains villages notamment ceux de la zone nord sont coupés du chef-lieu de commune qui abrite la majorité des infrastructures. Cela constitue une contrainte majeure liée au milieu physique.
La situation géographique de la commune de Nguéniène par rapport à ses voisins lui donne une position stratégique. Cette position, combinée à l’existence de pistes de productions qui la relient au voisinage fait de Nguéniène une localité connectée. Ainsi, l’interconnexion de la localité aux autres communes facilite les échanges de produits notamment agricoles. En effet, l’existence de pistes de productions qui relient la commune de Nguéniène aux agglomérations de Joal, de Thiadiaye et de Mbour facilite l’écoulement des produits agricoles vers ces dernières. En effet, la commune de Nguéniène est reliée à Joal par un tronçon routier goudronné sur une distance d’environ 18 kilomètres. La commune est à 17 kilomètres de Thiadiaye où elle est reliée par une piste latéritique. Elle est reliée à l’agglomération mbouroise par une piste sur une distance d’environ 33 kilomètres. Cette piste est constituée de deux tronçons routiers : un en latérite et l’autre en goudron. Le tronçon latéritique s’étend sur une distance de 16 kilomètres. Il relie Nguéniène à croisement peulgha dans la commune de Malicounda, en passant par le village de Ndiémane. Le tronçon en goudron s’étend sur une distance de 17 kilomètres et commence à partir du croisement peulgha jusqu’à Mbour, en traversant les localités de Nianing de Warang et Mbaling.
En plus de l’écoulement des produits agricoles, ces pistes sont empruntées par les populations voisines notamment pendant les jours de marchés où s’effectue un important échange de produits agricoles.
Forme et typologie de l’habitat
« Sur tout finage, deux parties sont à distinguer. Celle qui porte les champs cultivés et leurs annexes (pâturages, bois) […] et celle qui porte les maisons du groupe humain flanquées de leurs annexes (cour, jardin) » . Cette dernière constituant l’habitat peut être définie comme l’ensemble des équipements que l’on est censé trouver dans un établissement humain. Ainsi, comme l’a souligné Lebeau (1991), l’habitat rural se définit comme « le mode de répartition des maisons paysannes à l’intérieur d’un finage donné ». Le finage étant l’espace sur lequel un groupe s’est installé et pratique son activité agricole. En effet, à l’intérieur du finage, l’habitat peut recouvrir diverses formes qui sont les suivantes : habitat groupé et habitat dispersé.
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Table des matières
INTRODUCTION GENERALE
PROBLEMATIQUE
ELEMENTS DE CONTEXTE ET JUSTIFICATION
REVUE DOCUMENTAIRE
CADRE CONCEPTUEL
CADRE OPERATOIRE
METHODOLOGIE
PREMIERE PARTIE NGUENIENE, UNE COMMUNE A FORTES POTENTIALTES AGRICOLES
CHAPITRE 1 : SITUATION GEOGRAPHIQUE DE LA COMMUNE DE NGUENIENE
I-1 : LOCALISATION DE LA COMMUNE DE NGUENIENE : UNE POSITION STRATEGIQUE
I-1-1 Analyse du site de peuplement
I-1-2 Forme et typologie de l’habitat
I-2 : PROXIMITE PAR RAPPORT AUX MARCHES HEBDOMADAIRES ; POINTS CENTRAUX DANS L’ECOULEMENT DES PRODUITS AGRICOLES
I-2-1 Le marché de Nguéniène
I-2-2 Le marché de Sandiara
CHAPITRE 2 : LES ATOUTS EN RESSOURCES FONCIERES DE LA COMMUNE DE NGUENIENE
II-1 : FACILITE D’ACCES AUX RESSOURCES HYDRIQUES
II-2 : DIVERSITE ET FERTILITE DES SOLS
II-3 : EXISTENCE DE RESERVES ET DE BOIS VILLAGEOIS
Conclusion partielle
DEUXIEME PARTIE EFFETS DES INVESTISSEMENTS AGRICOLES SUR LE PAYSAGE AGRAIRE
CHAPITRE 1 : NGUENIENE, UN MILIEU A FORTES CONCENTRATION D’INVESTISSEMENTS AGRICOLES
I-1 : LOCALISATION ET TYPES D’INVESTISSEMENTS AGRICOLES DANS LA COMMUNE DE NGUENIENE
I-1-1 Investissements agricoles étatiques
I-1-2 Investissements agricoles privés
I-2 : PERCEPTIONS DES POPULATIONS SUR LES INVESTISSEMENTS AGRICOLES
I-2-1 Investissements agricoles comme source de conflits
I-2-2 Investissements agricoles, un avantage pour les populations
I-2-3 Investissements agricoles comme frein au développement de la localité
I-3 : ROLE DES INVESTISSEMENTS AGRICOLES SUR LE DEVELOPPEMENT DE LA COMMUNE DE NGUENIENE
I-3-1 Sur le plan social
I-3-2 Sur le plan économique
I-3-3 Sur le plan environnemental
CHAPITRE 2 : LA DYNAMIQUE DU PAYSAGE AGRAIRE DANS LA COMMUNE DE NGUENIENE
II-1 : LES VOCATIONS DU PAYSAGE AGRAIRE
II-1-1 Vocation agricole
II-1-2 Vocation pastorale
II-1-3 Vocation d’habitat
II-2 : LES FACTEURS DE LA DYNAMIQUE DU PAYSAGE AGRAIRE
II-2-1 Les facteurs démographiques
II-2-2 Les facteurs sociopolitiques
II-3 : EVOLUTION DU PAYSAGE AGRAIRE
Conclusion partielle
TROISIEME PARTIE CONSEQUENCES DE LA DYNAMIQUE DU PAYSAGE AGRAIRE ET PERSPECTIVES DE GOUVERNANCE FONCIERE
CHAPITRE 1 : CONSEQUENCES DE LA DYNAMIQUE DU PAYSAGE AGRAIRE
I-1 : CONSEQUENCES SUR LES PRINCIPALES ACTIVITES ECONOMIQUES DE LA COMMUNE
I-1-1 Sur l’agriculture
I-1-2 Sur l’élevage
I-2 CONSEQUENCES SUR L’HABITAT
CHAPITRE 2 : PERSPECTIVES DE GOUVERNANCE FONCIERE
II-1 : LES ACTEURS DU FONCIER DANS LA COMMUNE DE NGUENIENE ET LEUR NIVEAU D’INTERVENTION
II-1-1 Les acteurs externes
II-1-2 Les acteurs internes
II-2 : INTERACTIONS ENTRE LES ACTEURS DU FONCIER DANS LA COMMUNE DE NGUENIENE
II-3 : PERSPECTIVES DE GOUVERNANCE FONCIERE
Conclusion partielle
CONCLUSION GENERALE
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES