EVOLUTION DE L’OCCUPATION DE LA TERRE
Peuplement et occupation progressive de l’espace
L’occupation humaine du secteur d’Ambatoharanana ne s’est pas fait en une seule vague, comme dans toutes les régions, il y eut plusieurs arrivées successives dans l’espace et dans le temps ; c’est ce que nous verrons par la suite.
Conquête progressive de l’espace
De tout temps, l’Alaotra a toujours attiré beaucoup de monde : les explorateurs, les rois merina, les colons européens et l’administration coloniale, des paysans sans terre venant de toutes les régions de Madagascar,. C’est dire l’importance du peuplement dans l’aménagement de l’espace. Chaque vague de peuplement apporte des innovations dans l’aménagement du territoire. Nous ne prétendons pas réécrire l’histoire du Lac Alaotra, nous nous contenterons de rapporter ici les différentes études antérieures et les fruits de nos enquêtes sur le terrain. Le peuplement de la région s’est fait en plusieurs étapes :
Les premiers occupants seraient les SIHANAKA Bakozetra qui seraient les habitants des plaines inondables, des champs de rizière que chaque année les eaux couvrent et découvrent en circulant par une infinité de canaux (Laffay, 1902). Leur mode de vie consacrait une « relation étroite entre l’homme et le milieu marécageux ou lacustre », adapté aux conditions particulières du marais. La bordure du lac est le premier espace occupé par les vagues d’arrivées successives de population attirée dans la région. On s’installait d’abord sur les sommets des îlots de marais ayant une vue large sur la plaine, car l’insécurité régnait pendant cette période : les fossés circulaires délimitant la place des anciens villages. L’insécurité était-elle due aux incursions des tribus voisines, ou au contraire à l’avidité des nouveaux migrants, on ne le sait pas trop. « Les tanety de l’Ouest n’étaient pour l’instant que de vastes espaces vides, déjà parcourus par des groupes isolé qui y trouvaient refuge suite aux raids sur les premiers villages de l’aval, et par des convois d’esclaves ou de bœufs volés vers les ports du NordOuest ». (C.Razafimbelo, 1984) .
La disponibilité en terres rizicoles, l’importance des troupeaux bovins et les vastes espaces pastorales ne pouvaient qu’attirer l’attention du royaume merina du XIX. Siècle. Nous entrons ainsi dans la deuxième phase de l’occupation du Lac Alaotra.
La deuxième phase d’occupation spatiale se fera au cours du XIXè siècle. Andrianampoinimerina ne voyait pas d’un bon œil les conquêtes Sihanaka sur la bordure orientale de son royaume, il entreprit de conquérir l’Alaotra. La soumission de la région ne fut possible que sous Radama I.
Radama réorganisa l’Antsihanaka en distribuant l’angady pour augmenter la production, en invitant les fuyards à y revenir et en leur assurant qu’ils ne seraient pas inquiétés par l’armée royale. Il y envoya des « colons qui s’unirent avec des femmes du pays et qui contribuèrent à faire des Sihanaka de bons sujets de Radama » (Granddidier, Decary, 1958). Le roi merina encouragea l’implantation d’éléments Merina dans l’Alaotra : des garnisons et des Tetivohitra . Venus en ordre dispersés, ils composèrent avec les Bakozetra et finirent par s’assimiler en prenant des noms sihanaka, et en intégrant leurs traditions.
Les rois et reines qui succédèrent à Radama continuèrent sa ligne politique. Mais la faiblesse de la production agricole ne rapporta guère aux propriétaires terriens. Ce qui attira davantage la royauté merina fut les «vastes pâturages de la région et les possibilités de faire garder les troupeaux par une main d’œuvre servile » . M.Razafimbelo C. (1984) rapporte que l’importance de l’élevage tient aux possibilités commerciales offertes par la demande en viande des Mascareignes : l’Antsihanaka est la région la plus proche des petits ports de la Côte Est. La vente des zébus rapporte beaucoup plus que la rente venant de la production rizicole : tous les membres de l’oligarchie centrale et les notables autochtones se sont donc adonnés à cette activité lucrative. Le bœuf devient alors la première source de richesse. Tout le monde se mit donc à pratiquer cette activité : Rois, Reines, Premier Ministre et Notables du gouvernement central Merina. Dès cette époque, une relation entre l’insécurité et les intérêts des notables s’inscrivent dans le cadre de l’histoire. L’Ouest du Lac Alaotra, région de tanety avec des vallées étroites difficiles à mettre en valeur au point de vue agricole est préféré à l’Est, et devient une zone de pâturage pour les troupeaux appartenant aux notables. Comme ni les droits sur les pâturages, ni leurs limites ne semblent avoir été clairement définis, il est toujours possible que les troupeaux se confondent dans leur recherche des meilleurs pâturages.
Croyant à la protection de leur « ray aman-dreny », les gardiens n’hésitent guère en effet à s’approprier’ des zébus des autres paissant dans leurs territoires. Tout au long de la période monarchique merina, il n’était pas en fait question de luttes intestines entre clans ennemis, mais plutôt déjà de vols de bœufs. Les vallons étroits des zones de Tanety servent de refuge aux esclaves en fuite ou aux gardiens de troupeaux qui complètent leur revenu par des confiscations des troupeaux voisins. L’Ouest du lac Alaotra semble ainsi être une région à vocation pastorale plutôt qu’agricole dès cette époque. Si les chercheurs rapportent que l’occupation humaine et économique s’est surtout implantée sur la bordure Est du Lac, on peut dire que les Tanety de l’Ouest sont relativement vides.
Les tanety et la période coloniale
A partir de 1883, les différents entre les gouvernements merina et français se font ressentir à Antsihanaka. Les armées merina pillent les villages de la région pour ravitailler leurs garnisons de la Côte Est, en lutte contre la marine française. Les paysans Sihanaka se réfugient aussitôt dans les tanety de la bordure Ouest l’Alaotra. Le mouvement de fuite s’amplifie avec la création des « Marakely » . La nouvelle corvée sur l’or consistant à fournir de la main d’œuvre à des prospecteurs vazaha ne fait que renforcer le courant de migration vers les bords des pays tsimihety et/ou sakalava. Avec la conquête coloniale, et suite à la présence de déserteurs, de gardiens de troupeaux royaux ou d’autres aventuriers de prospecteurs européens, la contestation se tourne progressivement contre les «vazaha » : le mouvement « Menalamba » est en gestation. La région de tanety de l’Antsihanaka devient une plaque tournante des bandes de fahavalo (ennemi, rebelle). Mis au ban de la société, leur survie tient aux razzias : chaque combat victorieux se termine par une appropriation. « Ainsi, une guerre contre les vazaha supposait l’appropriation des biens des vazaha ». L’Antsihanaka fut la dernière région occupée par les Menalamba pendant la pacification entreprise par l’armée de Galliéni Après la répression du Mouvement Menalamba, le gouvernement colonial entreprit d’augmenter les impôts dans l’optique de dégager un surplus de main d’œuvre au profit des « établissements » de la Colonie : le seul moyen de payer l’impôt étant de se salarier. A la pression fiscale s’ajoute plus tard, les corvées obligatoires qui consistent à devoir 50 journées de travail par an aux Travaux Publics. La réplique est aussitôt de fuir vers les tanety de l’Ouest.
Nous ne nous attarderons pas ici sur la politique de colonisation de la plaine du Lac Alaotra entreprise par le gouvernement colonial. Toujours est-il que ceux qui ne sont pas intéressés par les «zones de colonisation » de la plaine se sont installés dans l’Ouest. La région des tanety de l’Ouest de l’Alaotra continue ainsi d’être pendant la période coloniale une zone de refuge à vocation pastorale.
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Table des matières
INTRODUCTION
PARTIE I. PRATIQUES PAYSANNES ET POSSESSION DE LA TERRE A AMBATOHARANANA
1. AMBATOHARANANA DANS SON CADRE NATUREL
1.1. Localisation
1.2. Le milieu physique
1.2.1. Morphologie des « tanety de l’ouest »
1.2.2. Le climat local : un frein pour le développement agricole
2. EVOLUTION DE L’OCCUPATION DE LA TERRE
2.1. Peuplement et occupation progressive de l’espace
2.1.1. Conquête progressive de l’espace
2.1.2. Les mouvements de la population actuelle
3. BREF APERÇU DE L’HISTORIQUE FONCIER
3.1. Le temps du royaume merina
3.2. L’évolution pendant la Colonisation (1896 – 1960)
3.3. La législation foncière depuis l’Indépendance
3.4. Les nouvelles dispositions légales et réglementaires
4. CONTRAINTES DE GESTION DE L’ESPACE AGRICOLE
4.1. Les problèmes liés au milieu naturel
4.1.1. La déforestation
4.1.2. L’ensablement des bas-fonds
4.1.3. Insuffisance de l’eau agricole
4.2. Les pratiques de mise en valeur paysannes et l’espace agricole
4.2.1. Transformations et techniques de mise en valeur traditionnelle des terrains agricoles à AMBATOHARANANA
4.3. Le Semis Direct sur couverture végétale permanente
4.3.1. Bref historique du Semis Direct
4.3.2. Les techniques agro écologiques du Semis Direct
4.3.3. Les plantes cultivées en Semis Direct
4.4. La mise en valeur des tanety
4.5. Les principaux produits agricoles à AMBATOHARANANA
4.5.1. Le Riz
4.5.2. Les cultures pluviales et les cultures sèches
PARTIE II. LE FONCIER : AU CENTRE DU DEVELOPPEMENT MALGACHE
1. LA SITUATION FONCIERE A AMBATOHARANANA
1.1. Les divers aspects du foncier dans le secteur
1.1.1. Litiges et conflits fonciers
1.1.2. Les solutions apportées
2. SECURITE FONCIERE ET GESTION DE LA TERRE
2.1. Les instruments de rénovation à l’épreuve
2.1.1. L’Organisme Public de Coopération Intercommunale
2.1.2. Le guichet foncier intercommunal d’Amparafaravola
3. LES ACTIVITES DU GUICHET D’AMPARAFARAVOLA
3.1. Qu’est-ce que le guichet foncier intercommunal ?
3.2. Rôle du Guichet Foncier
3.2.1. La Réunion d’Information : phase préalable de l’installation du guichet foncier
3.2.2. Les procédures de la certification foncière
3.2.3. Les étapes de la certification propres au Guichet foncier
3.2.4. Le Certificat Foncier
3.3. Atouts et faiblesses du système de « Guichet Foncier »
3.3.1. Les points forts du Guichet foncier
3.3.2. les problèmes rencontrés
3.3.3. Améliorations possibles du système
CONCLUSION GENERALE
BIBLIOGRAPHIE
LISTE DES ILLUSTRATIONS
SIGLES ET ABREVIATIONS
LEXIQUE