Avant l’arrivée des européens, aucun travail scientifique n’avait été réalisé sur l’utilisation des plantes médicinales dans la plupart des pays africains. A travers les siècles, les africains ont amassé une somme considérable d’informations empiriques sur l’utilisation thérapeutique des plantes qui se sont transmises de génération en génération au niveau des initiés : tradipraticiens, sorciers, herboristes, exorcistes. Pendant l’époque coloniale, en Centrafrique, les premières recherches étaient consacrées aux travaux de prospection, recensement puis plus tard aux travaux ethnobotaniques (Père Tisserant, 1958) et dans les années 80 grâce à l’appui de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT).
La dévaluation du franc CFA en 1994 a réduit le pouvoir d’achat des populations urbaines et rurales. Dès lors, les médicaments provenant de l’Occident coûtent chers et deviennent pratiquement inaccessibles aux populations africaines. Selon l’OMS, 80% de nos populations ont recours à la médecine traditionnelle pour couvrir leurs besoins de santé primaire. Cependant, à l’heure actuelle les maladies parasitaires et infectieuses accusent une recrudescence avec la pandémie du VIH/SIDA. C’est dans cette optique que nous nous sommes intéressés, dans ce présent travail, à l’étude phytochimique de Croton mayumbensis J. Léonard, une plante médicinale du Centrafrique dont peu de travaux ont été rapportés selon notre étude bibliographique. Le sujet de cette étude est motivé de plus par les utilisations traditionnelles exercées par les tradipraticiens.
La découverte d’une nouvelle série de composés, notamment les terpenoïdes et les alcaloïdes, au cours de ces dernières années, a provoqué un nouvel engouement pour l’étude phytochimique des Euphorbiacées. Les terpenoïdes sont présents, en général, dans toutes les plantes appartenant à la famille des Euphorbiacées. Les diterpenoïdes de type labdane (à noyau furanne ou lactone) semblent être les composés majoritaires du genre croton.
Ces molécules sont, en effet, douées de nombreuses et puissantes activités biologiques (cytotoxiques, anti tumorales, anti parasitaires, pesticides etc.) Les recherches concernant la composition chimique des Euphorbiacées sont, actuellement, focalisées sur ce type de composés dont la diversité et la puissance des activités ont fait naître beaucoup d’espoirs en ce qui concerne le domaine de l’anti-HIV et des antiparasitaires justifiant l’étude menée dans le cadre de cette thèse. Pour mener à bien ce travail, il a fallu effectuer une recherche bibliographique très poussée sur les Euphorbiacées et plus particulièrement sur les espèces du genre croton. Cette recherche a montré que la plante n’a pas fait l’objet d’étude chimique et biologique antérieure, par conséquent, le problème lié à sa composition chimique et à son activité biologique demeure.
GENERALITES SUR LES EUPHORBIACEES
Caractères généraux
La famille des Euphorbiacées appartient à la série des Thalamiflores, à l’Ordre des Tricoques ou Euphorbiales. Cet ordre, qui comprend essentiellement la famille des Euphorbiacées et trois autres petites familles peu importantes, est dans l’ensemble caractérisé par des fleurs presque toujours unisexuées, un ovaire à trois carpelles avec un ou deux ovules par loge, un fruit généralement en «coque» et des graines très souvent caronculées [1]. L’appellation provient du nom de l’un de ses genres les plus répandus, l’Euphorbia. Cette famille botanique nombreuse contient depuis les plus petites plantes herbacées jusqu’aux plus grands arbres, en passant par les arbustes de toute taille et compte de huit à dix mille espèces reparties en trois cents genres cosmopolites .
Les plantes
Les plantes des Euphorbiacées appartiennent à tous les types biologiques du genre des herbacées, des cactiformes aquatiques et à de nombreuses espèces arborescentes [1].
Les feuilles
Les feuilles sont de taille et de forme variables et peuvent être simples ou digitées, alternes ou opposées et verticillées. Elles portent ordinairement des stipules en épines chez les Euphorbes cactiformes [1].
Les fleurs
Les fleurs sont généralement petites et verdâtres, isolées ou en glomérules, en épis ou en panicules. Les fleurs mâles sont souvent séparées des fleurs femelles, parfois sur des arbres différents.
Toutes les euphorbiacées ont des petites fleurs attrayants et colorées. Elles ont aussi un suc laiteux qui contient une variété de toxines [2]. Les fleurs sont unisexuées, on ne connaît pas de genre à fleurs hermaphrodites, régulières et sont pourvues souvent d’un disque nectarifère le torus qui est intrastaminal dans les fleurs mâles et hypogyne dans les fleurs femelles [1].
Les fruits
Les fruits tiennent une place importante dans la classification générique de la famille. Ils sont constitués par des capsules ou des drupes et par de l’ovaire qui est ordinairement à 3 loges [2]. Les fruits sont toujours secs et tricoques. Les coques s’isolent de la colonne centrale par trois fentes septifrages et trois fentes septicides. Ils s’ouvrent chacune par la nervure dorsale en une fente loculicide avec une déhiscence brusque et élastique quelquefois bruyante [1].
Caractères anatomiques
Dans la famille des Euphorbiacées, on remarque la présence de laticifères vrais anastomosées chez les Euphorbes et quelques Crotonées, mais sont souvent ramifiés dans les genres Manihot, Croton, Hévéa etc.
Classification
Les Euphorbiacées sont des plantes qui peuvent appartenir à tous les types biologiques, herbacées, cactiformes aquatiques etc… et de nombreuses espèces arborescentes. La famille est subdivisée en trois tribus plus les Ricinocarpées qui sont à cotylédons étroits et avec un seul genre : les Phyllanthoïdées, les Crotonoïdées et les Euphorbiées. Les Phyllanthoïdées sont caractérisés par la présence de deux ovules par loge et l’absence de laticifères. Ce sont les Hymenocardia, les Phyllanthus et les Bridelia.
Les Crotonoïdées possèdent un seul ovule par loge et une inflorescence en cyathium avec la présence de laticifères articulés ou non articulés. Ce sont les Hévéa, les Ricinus, les Manihot, les Crotons, les Sapium, les Jatropha, les Aleurites, les Acalypha et les Hura. Les Euphorbiées ont toutes en commun un suc laiteux et une floraison en ombelles portant à leur sommet des inflorescences appelées cyathes, composées de deux bractées, de fleurs monoïques et de glandes nectarifères. Elles sont herbacées ou ligneuses selon les espèces. Leur aspect se modifie beaucoup au fil des jours : les feuilles ont tendance à disparaître à mesure que l’ombelle se développe, la tige rougit, tandis que le fruit, capsule globuleuse à trois loges, émerge très rapidement de l’inflorescence. Ce sont les Euphorbia et les Anthostema [1].
Le Genre Croton
Les espèces appartenant à ce genre sont des arbres ou arbrisseaux ou des plantes herbacées et comprend sept cents espèces décrites des régions tropicales .
Les feuilles
Les feuilles des espèces du genre croton sont alternes et opposées ou verticulées, entières ou dentées, et sont le plus souvent pétiolées ou stipulées et sont souvent colorées en rouge, en jaune ou en panachées [1].
Les fleurs
Ce sont des plantes à fleurs monoïques ou dioïques. Les inflorescences sont terminales en grappes ou en épis et munies de bractées. Les fleurs mâles se trouvent au sommet tandis que les fleurs femelles sont au-dessous si la plante est monoïque. Les fleurs mâles ont en général cinq sépales, cinq pétales valvaires ou imbriqués ciliés ou velus et laciniés. Les étamines sont très variables et parfois les intérieurs (2-3) sont de formes différentes et à filets incurvés dans le bouton avec des anthères introrses mais d’abord tournées vers l’extérieur. Les fleurs femelles sont composées de cinq sépales qui sont plus ou moins libres ou cornés et cinq pétales plus ou moins développés ou nuls. Elles comprennent également un disque hypogyne de cinq glandes plus ou moins lobés, un ovaire libre et à trois loges, un ovule par loge, un style à trois branches qui est plus ou moins ramifiées [1].
Les fruits
Les fruits sont composés de trois coques bivalves et se séparent à maturité et les graines sont caronculées ; l’albumen est huileux et les cotylédons sont membraneux. Les plantes sont cultivées le plus souvent comme des plantes ornementales [1].
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Table des matières
INTRODUCTION
CHAPITRE I GENERALITES SUR LES EUPHORBIACEES
I.1.1. Les plantes
I.1.2. Les feuilles
I.1.3. Les fleurs
I.1.4. Les fruits
I.2. CARACTERES ANATOMIQUES
I.3. CLASSIFICATION
I.3.1. Le Genre Croton
I.3.1.1. Les feuilles
I.3.1.2. Les fleurs
I.3.1.3. Les fruits
I.4. UTILISATION EN MEDECINE TRADITIONNELLE
I.5. DESCRIPTION DE L’ESPECE ETUDIEE
I.5.1. Croton mayumbensis J.Léonard
I.5.1.1. Description botanique
I.5.1.2. Classification et Répartition géographique
I.5.1.3. Les emplois en médecine traditionnelle
I.6. PHYTOCHIMIE DES EUPHORBIACEES
CHAPITRE 2 COMPOSITION CHIMIQUE ET BIOSYNTHESE
II.1. BIOGENESE DES FAMILLES DE PRODUITS NATURELS
II.2. BIOSYNTHESE DES TERPENES
II.3. DITERPENES LABDANES
II.4. BIOGENESE DES DITERPENOÏDES
CHAPITRE 3 MATERIELS ET METHODES
III.1. LES METHODES D’EXTRACTION DES PRODUITS NATURELS
III.1.1. Extraction solide-liquide
III.1.1.1. But
III.1.1.2. Principe et paramètres importants
III.1.2. Extraction liquide-liquide
III.1.2.1. But
III.1.2.2. Principe
III.2. LES TECHNIQUES D’ANALYSE
III.2.1. L’analyse structurale
III.2.2. Séparation des constituants
III.2.2.2. Chromatographie Liquide sur Colonne ouverte
III.2.2.3 Chromatographie liquide à haute performance (CLHP)
III.2.2.4 Généralités sur la spectrométrie de masse
III.2.2.5. Analyse par RMN du carbone-13
III.2.2.6. Analyse par les couplages conventionnels
III.2.2.6. Analyse structurale par la R.M.N. Bidimensionnelle
III.2.2.6.1 Les différentes techniques de RMN bidimensionnelle
III.2.2.6.2 Principe de la spectroscopie RMN à 2 dimensions
CHAPITRE 4 ISOLEMENT
IV.1. MATERIEL VEGETAL ET METHODE D’EXTRACTION
IV.2. METHODES CHROMATOGRAPHIQUES ANALYTIQUES
IV.2.1. Chromatographie sur couche mince (CCM)
IV.2.2. Chromatographie liquide à haute performance couplée à la spectrométrie de masse (CLHP-SM)
IV.3 METHODES PREPARATIVES
IV.3.1. Chromatographie liquide sur colonne ouverte (CC)
IV.3.2. Chromatographie sur couches épaisses préparatives
IV.4. METHODES SPECTROMETRIQUES
IV.4.1. Spectres de masse (SM)
IV.4.2. Spectres de résonance magnétique nucléaire (RMN)
CHAPITRE 5 ANALYSES DES RESULATS
V.1. CRIBLAGE CHIMIQUE DES EXTRAITS PAR CCM
V.2. FRACTIONNEMENT DE L’EXTRAIT PAR CHROMATOGRAPHIE LIQUIDE SUR COLONNE OUVERTE
V.3. CRIBLAGE CHIMIQUE DES FRACTIONS PAR CLHP-SM,RMN (1H) ET ( 13C)
V.4. DETERMINATION STRUCTURALE DES COMPOSES P, A ET B ISOLES DE C.MAYUMBENSIS
V.4.1 Détermination de structure du composé P
V.4.2 Détermination de structure du composé A
V.4.3 Détermination de structure du composé B
V.4.3 Détermination de structure du composé B
CONCLUSION
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
ANNEXES