COMMERCE INFORMEL

L’organisation interne

               Le commerce informel peut fonctionner 24 heures sur 24, 07 jours sur 07 et 12 mois sur 12. C’est au commerçant de choisir l’horaire, les jours et les périodes de son travail. Son choix détermine son emploi du temps: l’heure du départ du foyer, celles de l’ouverture du commerce, de la restauration; de la fermeture de la vente, le moment d’approvisionnement auprès des fournisseurs.…C’est un plan élaboré mentalement, mémorisé qui doit devenir rapidement un réflexe. Les commerçants évitent les écritures pour simplifier leur vie. Ils automatisent leurs faits et gestes allant jusqu’à une maîtrise de leur sommeil et de leurs besoins physiques : se réveiller à heure fixe et manger en peu de temps et le moins possible pour faire des économies. Tous les actes au quotidien, sont calculés organisés. Nous avons pu observer cette organisation durant le jour de marché. Pour le commerce nocturne, le sommeil doit être maîtrisé car le travail commence 18 heures et ne se termine qu’à 02 ou 03 heures du matin. Ainsi, le commerçant dormira durant la journée pour être en forme pendant la nuit. Il a besoin d’autres personnes pour acheter les marchandises et pour les préparer. Car en général, le commerce informel nocturne c’est du fast food. Ce qui nécessite un temps d’achat et de cuisson des aliments. Quelquefois le commerçant achète et prépare lui-même ses marchandises pour limiter les dépenses. Dans ce cas il ne doit dormir que dans la matinée. A côté des fast food, il y a aussi quelques épiceries informelles qui fonctionnent la nuit. Ceux qui s’en occupent n’ont pas beaucoup de temps pour récupérer, car très souvent dans la journée, ils exercent d’autres activités, des petits métiers comme le gardiennage de voitures. Pour le commerce informel de jour, l’organisation varie en fonction du type de stand utilisé et du type de marchandises vendues. L’utilisation d’un stand mobile nécessite un temps de montage et de démontage et implique le transport du stand depuis le domicile du commerçant jusqu’au point de vente avant l’ouverture, puis le trajet inverse après la fermeture. En somme, le stand mobile n’est rentable que pour le commerce de proximité. Ceux qui veulent commencer loin de chez eux utilisant des stands fixes, ou se contentent de couvrir le sol avec des nappes en plastique pour y installer directement les marchandises. Cette dernière pratique est la plus utilisée par les commerçants informels car elle permet une installation et un ramassage rapide des produits en cas de besoin. Dans ce commerce informel de jour, l’organisation dépend aussi du type de marchandises vendues. Les commerçants qui vendent des fruits changent leur organisation du fonction des saisons : il y a une saison où l’activité principale porte sur les letchis, une autre où elle porte sur les pommes ou les ananas…. Il est intéressant d’observer le rythme imposé au commerce de jour par les paysans qui amènent leurs récoltes, notamment des légumes, aux marchés, et qui sont les fournisseurs des commerçants formels ou informels. En effet, les paysans ont des horaires très précis. Ils quittent leur foyer des environs de la capitale vers du 02 heures de matin, et arrivent à 04 heures dans les grands marchés d’Antananarivo. En principe, à 06 heures, leurs marchandises sont écoules. Ils achètent les produits qu’ils ne peuvent pas trouver dans leur village et terminent leur passage en ville par une vente de porte en porte, s’il leur reste des invendus. De retour au village avant le repas du midi, ils consacrent leur après midi aux travaux des champs et naturellement à récolter les marchandises qu’il faut transporter aux marchés le lendemain. Tous les revendeurs qui veulent avoir des produits de première main et de premier prix doivent donc se rendre sur les grands marchés de la commune avant 06 heures. C’est l’heure des transactions avec les paysans fournisseurs. Après, les revendeurs rejoignent leur point de vente car c’est à partir de 08 heures et jusqu’à 11 heures que les clients consommateurs font leur achat journalier : c’est le moment de grande affluence dans les marchés et leurs alentours. Ces organisations strictes auxquelles se soumettent les commerçants informels sont nécessaires mais pas suffisantes pour réussir. Il leur faut aussi trouver une bonne stratégie. C’est à dire bien choisir le point de vente et savoir attirer et séduire les clients. Tout lieu vacant peut servir de point de vente pour le commerce informel. La superficie minimale exigée n’étant que de quelques mètres carrés. Mais des endroits sont plus propices que d’autres. Ce sont ceux qui attirent beaucoup de gens. Il s’agit des voies publiques, des grands marchés communaux et des stationnements de transports publics que le commerçant repère, évalue et expérimente. Pour cela, il procède en testant chaque endroit. S’il a des relations, il peut éviter les tests en fondant son choix sur des renseignements. Ce procédé est généralement utilisés par les paysans originaires d’un même village qui d’une façon ou d’une autre, peuvent être guidés par un des leurs qui connaît les lieux. Le tout est de pouvoir choisir les bons points de vente. Après la localisation, le commerçant s’y installe et doit séduire les clients de manière active. Le vendeur présente au public ses marchandises et vente leur qualité. Il attire l’attention des clients potentiels en engageant la conversation qui aboutit à un pourparler et à une négociation sur les prix. L’observation de tous ces faits qui s’enchaînent et constituent un véritable rituel, permet d’affirmer que le commerçant informel est un véritable comédien dont l’objectif est de séduire pour pouvoir vendre. Il est impossible d’avancer une quelconque mesure quant à l’efficacité réelle de ce genre d’animation, mais on peut dire que le savoir faire, l’intriguent et la capacité de communication constituaient un plus pour un vendeur face à la multiplicité des concurrents.

Complémentarité avec le commerce formel

                  En dehors de la sphère de l’informel, l’organisation externe doit aussi régler les relations avec les commerçants formels. Ces relations sont obligatoires, même si elles ne constituent que 38,24% des relations d’affaire de chaque commerçant informel9 . Ce sont les produits qui ne peuvent être fournis que par des producteurs ou des commerçants formels. Ce sont en général des produits à forte valeur ajouté que ne peuvent pas fabriquer. Ce qui est hors de portée les petites industries informelles. Parfois, ces produits proviennent carrément de l’étranger. Ainsi, des relations existent entre le commerce formel et celui informel. Le formel effectue les importations, et distribue les produits auprès de la clientèle aisée. Le secteur informel quant à lui, assure la vente des produits auprès des clients moins favorisés et auprès des pauvres. Aujourd’hui, ce système fonctionne toujours, mais il s’effrite car on assiste de plus en plus à deux circuits de distribution dans la mesure où la clientèle aisée exige des produits hauts de gamme auxquels ne peuvent accéder les pauvres. Ce qui entraîne une subdivision des importations en deux catégories : les importations destinées à alimenter le circuit formel et celles destinées à alimenter le circuit informel. Dans le circuit informel la distribution n’est pas très structurée. La séparation des grossistes et des détaillants n’est pas très nette parce que les grossistes effectuent aussi des ventes directes aux consommateurs. La seule différence se trouvant dans le prix. Il y a le « prix de gros » et le « prix de détail ». Cela fait désordre et ce désordre complique l’approvisionnement des commerçants informels, qui se voient concurrencer par leurs fournisseurs grossistes. Ceux-ci dominent donc clairement les commerçants informels qui sont obligés de se plier devant aux. Cette soumission se manifeste à travers les dialogues où le « patron » revient souvent pour désigner le fournisseur alors qu’il n’est que l’interlocuteur. Les difficultés de l’approvisionnement résultent aussi de l’insuffisance de publicité sur les produits. Pour dénicher les nouveaux produits, les commerçants informels créent des liens d’amitié avec les employés des grossistes. Souvent même, ils les soudoient pour avoir les informations sur les produits porteurs. On le voit, le commerce informel est une activité complexe qui exige une organisation et la mise en œuvre d’une véritable stratégie, contrairement à l’apparence et aux idées reçues. En plus, c’est une profession qui exige des adaptations répétées et permanentes quand elle est pratiquée dans des lieux interdits. Les improvisations, plus que l’organisation, sont alors nécessaires.

Les opinions des commerçants informels ( figures n°04 et n°05)

                     Comme la répression a été très dure, les victimes ont voulu régler leurs différends avec les autorités : plus de 80% de ceux que nous avons enquêtés dans le Premier Arrondissement, ont déclaré être prêts à se formaliser. Mais ils ne sont pas passés à l’acte. Sur le plan de l’action, les intéressés n’ont rien fait qui permettent de prouver leur volonté. Au moins ils auraient dû prendre une décision. Toute réalisation commence par une décision qui détermine les chemins à suivre. Même pour ceux qui ont l’intention de se régulariser, ils ont tous des idées différentes. Les uns acceptent la formalisation, les autres refusent. En fait, ils se divisent aussi en deux groupes. Une partie accepte sans poser des conditions car elle pense que la régularisation est bénéfique à tous points de vue tandis que l’autre exige un dialogue préalable avec l’Etat et qui permettra de définir les concessions réciproques. En d’autres termes elle veut des garanties pour ses revenus, ses droits… Parmi les 20% qui disent non à la formalisation, il y a ceux qui récusent la politique de l’Etat, ceux qui ne croient pas à la possibilité d’une formalisation et les radicaux. A l’issue de l’enquête effectuée dans le Premier Arrondissement nous constatons que 56% des commerçants informels disent oui à la formalisation, 41% disent non et 3% n’ont donné aucune réponse. La moitié de ceux qui disent oui a posé des conditions, tandis que la moitié de ceux qui disent non a accusé la politique de l’Etat.

Le rapport de stage ou le pfe est un document d’analyse, de synthèse et d’évaluation de votre apprentissage, c’est pour cela rapport-gratuit.com propose le téléchargement des modèles complet de projet de fin d’étude, rapport de stage, mémoire, pfe, thèse, pour connaître la méthodologie à avoir et savoir comment construire les parties d’un projet de fin d’étude.

Table des matières

I.AMPLEUR DU COMMERCE INFORMEL
I.1 Le nombre des commerçants informels
I.2 Les espaces occupés
II LA DIVERSITÉ DU COMMERCE INFORMEL ET DE SES ACTEURS
II.2 La répartition des commerçants informels dans les 44 fokontany 

Télécharger le rapport complet

Télécharger aussi :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *